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Macron ne transpire pas

Colonel à la retraite
 

La fascination des écrivains pour les hommes politiques – à condition que ces derniers aient un minimum de surface et d’aspérités à offrir à l’imagination littéraire – ne date pas d’hier. Une fascination faite de réciprocité. En France, en tout cas. Par exemple, Voltaire et Frédéric II de Prusse qui se piquait de culture française et affirmait ne parler allemand qu’à ses chevaux – Mme Merkel ne monte même pas à cheval ! Napoléon Bonaparte et Chateaubriand dont le Génie du christianisme parut à point en 1802, en même temps que la ratification du Concordat par les chambres. De Gaulle et Malraux, évidemment : un Malraux, ministre d’État, qui siégeait à la droite de De Gaulle au Conseil des ministres.

Fascination qui peut ne pas être sans frictions, voire fâcheries définitives. Voltaire, qui prétendait au rôle de conseiller du roi de Prusse, se rendit compte qu’il n’était que l’amuseur ou la caution culturelle – dirait-on aujourd’hui – du prince dont on lui aurait rapporté ces propos : « On presse l’orange et on jette l’écorce. » L’exécution du duc d’Enghien fut, pour Chateaubriand, le déclic qui l’éloigna définitivement de Napoléon Bonaparte alors que ce dernier lui avait ouvert les portes de la carrière comme premier secrétaire d’ambassade à Rome auprès de l’oncle Fesch. Un déclic qui lui ouvrit peut-être d’autres portes, celles de la gloire littéraire, en l’installant dans ce rôle de premier opposant au futur empereur. Posté en embuscade, il publia, encore à point nommé, en 1814 son De Buonaparte et des Bourbons, un ouvrage qui « servit autant que cent mille hommes », selon le mot de Louis XVIII.

Et à notre époque ? Depuis qu’on a abattu les chênes, on n’a jamais vraiment retrouvé de tels duos ou duels. Un trop grand déséquilibre, peut-être ? Car pour qu’il y ait duel, il faut d’abord qu’il y ait des duellistes de niveau égal. Ensuite que le duel vaille le déplacement. Et comme on a les chefs d’État et les écrivains que l’on mérite…

Certes, Mitterrand sut faire de Max Gallo un ministre. Mais Mitterrand entretenait un dialogue plus aisé avec les écrivains d’outre-tombe, et généralement pas trop de gauche. Chirac copinait et communiait avec Tillinac dans ce même amour pour la Corrèze, mais c’était sans ostentation, sans arrière-pensée prébendière, dans la discrétion d’un resto de province. Sarkozy s’est trouvé son Chateaubriand en la personne de Jean d’Ormesson : « C’est un génie ! » déclara, sans détour, récemment le premier à propos du second. « Il ouvre son cœur et sa vie… Les Français n’aiment pas l’importance, la suffisance, le pompeux. Il est le contraire de l’importance, de la suffisance, du pompeux. Il est décontracté. Il est moderne », s’extasiait en 2012 le second au sujet du premier. Pour François Hollande, on manque encore, à ce jour, de documentation…

Et pour Emmanuel Macron ? « Un personnage de roman », pour l’écrivain Philippe Besson. Pas étonnant, d’ailleurs, que le personnage fascine les gens de lettres. Dans un entretien à L’Obs durant la campagne, avec l’écrivain et journaliste Jérôme Garcin, le futur Président confia : « J’aurais eu la vanité de devenir écrivain. L’humilité non. » Il avoua même qu’adolescent, il avait écrit des romans et des poèmes. Et c’est vrai, on attend toujours un tel aveu de la part de François Hollande, qui ne s’est jamais pris pour Napoléon ou Chateaubriand. Reconnaissons-lui ce mérite.

Mais Philippe Besson vient peut-être d’être coiffé au poteau par un autre écrivain : Emmanuel Carrère, prix Renaudot 2011 et fils d’Hélène Carrère d’Encausse. Dans un article publié par The Guardian, Carrère ne tarit pas d’éloges sur le Président qu’il a suivi – c’est le mot – durant son voyage à Saint-Martin, après le passage de l’ouragan Irma. Évidemment, le Président a toutes les qualités, mais une chose a frappé l’écrivain : « L’homme ne transpire pas », même dans la moiteur antillaise. C’est dire.

Les serpents, eux non plus, ne transpirent pas.

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