Macron est-il un messie ou un épouvantail ?

 

Vous vous souvenez sans doute comment Emmanuel Macron, dans ses meetings, endossait les habits de lumière de l’homme providentiel, les bras en croix face au public, comme inspiré par quelque divinité. Se prenant pour un messie, il émaillait ses discours de « Je vous le dis » pour annoncer des temps nouveaux.

Vous avez peut-être également vu à la télévision un documentaire où le jeune Macron de 15 ans participe à un atelier théâtral, dans une pièce montée par Brigitte Trogneux, son aînée de 24 ans, qui fut impressionnée par sa présence sur scène et devint, quelques années plus tard, sa conjointe. Déjà les bras en croix, il jouait, cette fois, le rôle d’un épouvantail.

De l’épouvantail au messie, quel rapport, direz-vous ? L’art de se confondre avec un personnage, la communion avec le public, la transfiguration christique, l’offrande de sa vie pour sauver le monde ou les récoltes, mais surtout un sens aigu de la communication.

C’est aussi sous le signe de la communication que notre Président fait ses premiers pas dans sa nouvelle fonction. Chacun de ses discours officiels est savamment pesé, non seulement dans son contenu, mais aussi dans sa forme, dans le ton, dans la gestuelle, dans le regard. Ses conseillers en communication – et peut-être sa maternelle épouse – doivent tout régler dans les détails et le faire répéter.

Emmanuel Macron, comme un bon acteur de théâtre, sait communiquer. Ce qui peut expliquer l’ascendant qu’il a pris, si l’on en croit les sondages, sur une grande partie des Français.

Son premier coup d’éclat fut la mise en scène du sommet de l’OTAN : « La Marseillaise » fredonnée par les dirigeants européens à son arrivée, sa poignée de main appuyée à Donald Trump, qui ont fait le tour du monde. Puis, au G7, la complicité affichée avec Angela Merkel, la promenade médiatisée au côté de Justin Trudeau, face à la Méditerranée.

Mais le summum fut atteint le soir où, après que le président des États-Unis eut annoncé sa sortie de l’Accord de Paris, il prononça en anglais, sur un ton shakespearien, un discours repris par toutes les chaînes nationales et internationales : rappelant que l’accord n’était pas négociable, conviant les chercheurs et les entrepreneurs américains à rejoindre la France, ce pays ouvert qui allait devenir le moteur du progrès. Surtout, il parodia, avec une insolence mêlée de gravité, le slogan de campagne popularisé par Donald Trump : « Make our planet great again. ». La célébrité assurée sur les réseaux sociaux !

Emmanuel Macron est un bon comédien, voire un bon rhéteur, quand son discours est bien préparé. Mais, pour faire de la bonne politique, il ne suffit pas d’être expert en communication. Bien au contraire, son talent devrait inciter à la méfiance : Platon a depuis longtemps démontré combien les rhéteurs peuvent être des faussaires et des marchands d’illusions.

D’ailleurs, pour peu que son attention se relâche, notre Président-comédien peut commettre des bévues. Comme cette blague douteuse – héritage de François Hollande ? – sur ces embarcations utilisées dans l’océan Indien : « Mais le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien ! (Rires) C’est différent. »

Qu’eût-on dit si Jean-Marie Le Pen l’eut prononcée ? L’entourage d’Emmanuel Macron aurait reconnu une « plaisanterie pas très heureuse » et « malvenue ». Si soucieux de l’image qu’il renvoie, honteux et confus, il aurait juré, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

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