Macron et les médias : l’audace d’un kamikaze ?


Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

 

Il y a d’abord eu la volonté théorisée, de la part du nouveau président de la République, de dispenser une parole rare, donc de moins se soumettre aux sollicitations médiatiques afin de redonner un peu de hauteur et d’allure à une République qui s’était vautrée dans des commentaires indécents et permanents avec François Hollande.

En dépit d’un entretien substantiel donné à un hebdomadaire, Emmanuel Macron a respecté à peu près cette ligne de réserve, ou plus exactement de médiatisation contrôlée. Ce ne sont plus les médias qui imposent leurs règles mais la présidence qui aspire à imposer les siennes.

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Ces dernières semaines, il me semble qu’Emmanuel Macron est allé plus loin et qu’il ne s’est plus contenté de s’économiser sur le plan médiatique. Il combat, dorénavant, vigoureusement le système médiatique lui-même, en tout cas pour les informations et les analyses politiques. À tel point que je suis effaré par son courage intellectuel qui n’est pas loin de ressembler à une pulsion suicidaire faisant de lui, en effet, un kamikaze. Mais en pleine conscience.

On a parfois connu, de la part de certains responsables de partis ou d’un Président comme Nicolas Sarkozy, des envies d’empoignade, des affrontements avec des journalistes, des mises en cause sur la plus ou moins grande pertinence des questions et, pour le moins, des réactions agacées.

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Il me semble toutefois que le président de la République a ouvert un front original qui dépasse de très loin les récriminations ponctuelles. Il ne s’en prend pas à la manière dont les médias transmettent le message. Il les vise eux-mêmes et les pourfend dans leur globalité et leur autarcie. Bien plus que leur manière de faire, il accable leur être, en tout cas dans son état actuel.

Quand il évoque cette obsession de la « communication » s’occupant d’elle-même « de manière circulaire », reproche aux journalistes de ne parler que « d’eux… de s’intéresser trop à eux-mêmes et pas assez au pays… de ne traiter que des problèmes de communication et des problèmes de journalistes… d’être totalement narcissiques… » en tournant en dérision à New York une journaliste française incapable « d’une question de fond », il sort des chemins traditionnels de la controverse entre les pouvoirs et le monde de l’information. Il cible de plein fouet un univers renvoyé durement à son inaptitude à échapper à l’entre-soi (Huffington Post).

Ces attaques systématiques révèlent qu’il y a là bien plus que des mouvements d’humeur mais le souci de modifier le rapport de force et, dans cette lutte, de gagner.

Le président de la République n’a pas peur. Je crains qu’il ne sous-estime la puissance de nuisance d’une machine qui n’aime rien tant qu’être flattée et ne mesure pas les effets délétères de sa franchise brutale. […] Il faut être intimidé par le pouvoir dont se créditent les médias, malgré la constance des sondages les plaçant au bas de l’échelle dans l’estime publique.

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Certes, le président de la République sera protégé des conséquences les plus catastrophiques de sa vision sans complaisance sur les médias par le fait que ceux-ci auront toujours besoin de lui. Ils viendront quémander ce que la rareté de la parole élyséenne leur offrira de manière trop chiche.

Emmanuel Macron déplore que « depuis quatre mois, dans un système totalement narcissique, on ne s’intéresse qu’à ses silences et à ses dires ». Comme il lui sera impossible de demeurer, avec la même intensité, dans cette tension entre les médias dont il rêve et ceux qu’il affronte et qui le déçoivent […], il reste à espérer que ses coups de boutoir seront bénéfiques et son réquisitoire courageux et lucide convaincant.

Et qu’il ne tombera pas, comme un kamikaze médiatique, au champ d’honneur.

Extrait de : Justice au Singulier

Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

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