Macron au Louvre : la marche de l’algorithme de nos imaginaires présidentiels

 

Les images du Louvre resteront, comme celles du Panthéon pour Mitterrand. La marche nocturne solennelle du plus jeune président de la République traversant la cour Napoléon au son de l’« Hymne à la joie » de Beethoven fut donc le premier acte symbolique de cette présidence que Macron a, depuis le début de sa campagne, théorisée comme « jupitérienne », par rejet de celle, désolante d’horizontalité et de banalité, de son prédécesseur.

La France et les Français étaient, sans oser se le dire vraiment, en attente de cela. Le génie de Macron fut de l’avoir pressenti. On a dit que son équipe avait méthodiquement travaillé, pour ses discours, les attentes sémantiques des Français, de façon à apporter à chacun ce qu’il voulait entendre. C’était vrai pour le RSI (pardon pour ce retour du trivial dans notre 7 mai jupitérien !) et bien d’autres points du programme.

Mais il y avait aussi les attentes symboliques : tous les petits clins d’œil adressés à la France de toujours, jusqu’à l’Ancien Régime (dont le nom fut prononcé hier par M. Macron, et sans acrimonie) : Orléans et Jeanne d’Arc, le Puy du Fou, et la « dimension christique » assumée du nouveau Président.

Cela nous avait paru un peu fort, oui, et parfois ridicule. Mais c’était bien vu, et cela résonna loin dans les consciences ou les inconscients.

En écartant et la place de la République acquise à la gauche et, désormais, à Nuit debout, et la place de la Concorde, dévolue à la droite, mais en se déplaçant, juste à côté, au cœur du Louvre, du pouvoir royal, Macron réalisait plus qu’un recentrage, il inaugurait sa présidence dans une profondeur historique que peu de Présidents ont su donner à la France, un soir d’élection. Comme si cette profondeur et ces symboles devenaient de plus en plus nécessaires pour l’imaginaire, alors que, dans la réalité, les valeurs qu’ils symbolisent sont méthodiquement déconstruites, et d’abord par nos gouvernants.

En ce soir du 7 mai, on réalisait encore que ce nouveau Président était aussi l’algorithme de quasiment tous les Présidents précédents, à l’exception des deux derniers contre lesquels il a construit son destin même si, ironie de l’Histoire, ce sont eux qui lui mirent le pied à l’étrier.

On a oublié, quand on vilipendait le banquier de chez Rothschild, que Pompidou aussi, avant d’entrer en politique, était passé par la prestigieuse banque. Et le fait que l’abstention de 2017 nous ait ramenés hier soir à cette date tissait un lien avec cette présidence.

Du Chirac de 2002, Macron a repris le référendum anti-Le Pen, en y ajoutant, par son acceptation de débattre, par le coup de fil républicain et par les mots d’apaisement destinés hier soir aux électeurs de Marine Le Pen, une dimension supplémentaire, une forme de respect dont il fut le premier bénéficiaire.

Pour Mitterrand, le choix de la pyramide du Louvre suffisait.

Mais c’est bien de Giscard, à qui il vient de ravir le record du plus jeune Président, que Macron, incontestablement, se rapproche le plus. Son positionnement moderne et centriste lui a permis de réaliser, exactement, le vieux rêve de rassembler « deux Français sur trois » : 66 %.

Devant tant de symboles écrasants – l’Histoire de France, du Louvre des rois aux figures de la Ve République -, on est presque pris de vertige. On ne sait ce qu’il adviendra de cette présidence déjà saturée de symboles, surtout quand ces symboles sont simplement conçus comme du marketing.

Mais il n’est peut-être pas inutile de remarquer que la plupart d’entre eux sont clairement de droite et que, s’ils sont aujourd’hui recyclés par un Président issu du sérail socialiste, c’est que la droite, à ce niveau aussi, a manqué à tous ses devoirs.

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