Macron, le Savonarole d’Aix-la-Chapelle

D’aucuns trouveront déplacé qu’Emmanuel Macron soit hué par des gilets jaunes à Aix-la-Chapelle. Comment donc, à l’étranger ! Mais, au fond, a-t-on envie de rétorquer, n’est-ce pas la preuve, d’une certaine façon, que l’Europe est une grande et belle réalité ! Pas de frontières pour les biens, les capitaux, les personnes dont les migrants… Alors, pas de frontières non plus pour les huées ! Ce traité ne vise-t-il pas, du reste, à renforcer l’intégration entre nos deux pays ? Nous sommes donc en plein dedans : Aix-la-Chapelle, c’est un peu la France, non, si l’on a bien compris l’esprit du traité ? Et puis, au fond, ces sifflets étaient une façon de répondre aux remarques désobligeantes faites aux Français par ce même Emmanuel Macron depuis l’étranger : on se souvient de sa dissertation sur les « Gaulois réfractaires » au royaume de Danemark.

D’aucuns diront aussi qu’Emmanuel Macron n’a pas volé ses sifflets, quand on écoute certains extraits de son discours. Comme d’habitude, le Président y est allé dans la grandiloquence qui fait un drôle de contraste avec la sobriété luthérienne de la chancelière. Mais, là, pour l’occasion, il faut avouer qu’il s’est surpassé : « Ceux qui oublient la valeur de la paix et répandent le mensonge se rendent complices des crimes du passé. Je préfère regarder en face notre Europe, et la renforcer pour protéger nos peuples. C’est ce que nous faisons avec le traité d’Aix-la-Chapelle. » Hors de l’Europe – je veux dire la mienne : celle de Merkel, Juncker & Co. -, point de salut ! Non seulement Emmanuel Macron jette le discrédit sur les opposants au traité en les qualifiant de menteurs, mais il leur fait un procès d’intention gravissime : celui d’oublier la valeur de la paix. En gros, d’être des fomenteurs de guerre. Lui qui bombarda la Syrie l’an passé, sans mandat de l’ONU, il fallait oser… Pire : il les « criminalise » en les rendant complices des crimes du passé. On se demande, franchement, si cet homme qui, dit-on, est un fin lettré, a conscience du poids des mots qu’il aligne. En quoi, en effet, émettre des doutes sur la pertinence ou l’intérêt pour la France de ce traité ferait de vous un complice de crimes commis il y a maintenant près de trois quarts de siècle?

En fait, Emmanuel Macron sort du champ de la diplomatie, des relations internationales, de la politique tout simplement, pour entrer dans celui de la morale. Ce traité est juste et bon pour la France. Point barre. C’est un dogme infaillible. Et le contester vaut excommunication. Nul doute que lorsque le traité passera au Parlement pour ratification, les zélateurs de La République en marche reprendront les mêmes anathèmes pour mieux disqualifier les parlementaires qui oseront s’y opposer. Les fumées d’encens servent ainsi d’écran pour éviter d’aller sur le fond. Et sur le fond, comme l’ont très bien expliqué sur Boulevard Voltaire Christian Vanneste, Jacques Myard ou encore Thierry Mariani, il y a beaucoup à redire. Ces gaullistes authentiques sont-ils alors complices de ces crimes du passé ?

Un point, un seul, pour montrer que tous ces « complices » ont peut-être quelque raison de s’inquiéter : l’emploi de notre force nucléaire. Pour mieux décrédibiliser les opposants, on leur reproche, par exemple, d’accuser Macron de vouloir livrer notre force nucléaire. Mais il n’est nullement question de cela, nous dit-on à longueur de plateau télé ! « Fake news » ! La preuve, lisez le texte… que personne ne lit. Et que lit-on, dans le texte ? La France et l’Allemagne « se prêtent aide et assistance par tous les moyens dont ils disposent, y compris la force armée, en cas d’agression contre leur territoire… » Tous les moyens ? La force nucléaire, c’est quoi, alors ?…

Emmanuel Macron n’est pas Machiavel. Tout au plus un Savonarole de la pensée unique qui veut imposer sa vision de l’Europe à coups de menton et d’anathèmes.

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