Politique

Et si Macron jouait, en fait, avec le feu ?

 

Macron sait-il vraiment jusqu’où ira l’explosion ?
 
Macron va jusqu’au bout de la transgression : il a donc nommé un Premier ministre « de droite ». Et pas un MoDem ou un UDI, non : un LR. Certes, chez les LR, il y a des personnalités « de droite » qui sont parfois plus centristes que certains centristes.
 
L’opération est d’une grande habileté : devant ce qu’une poignée de responsables nomment une « main tendue » et qu’ils veulent bien entendu saisir, par conviction ou carriérisme, se profile une ouverture en grand. Pas de ces ouvertures a minima comme les firent Mitterrand en 1988 ou Sarkozy en 2007.
 
La liste des victimes de Macron ne fait que commencer : après le PS, donc, les LR. Mais il est évident que les centristes sont aussi victimes de cette décomposition, même s’ils ne s’en rendent pas compte. Ceux qui s’accrochent à leurs investitures communes avec les LR encaisseront les pertes de l’opération « Philippe ». Quant à ceux qui se sont macronisés, la concurrence sera rude, dans la Macronie, entre MoDem de la première heure, philippiens d’avant les législatives et ralliés d’après.
 
Mais cette ouverture est plus qu’une ouverture, c’est le choix assumé d’une cohabitation qui ne lui était pas (encore ?) imposée. Cette cohabitation qui était le pis-aller permis par nos institutions en cas de divergence entre majorité présidentielle et majorité parlementaire, il en a fait, non une solution subie, mais un axe de sa recomposition.
 
Ce choix est parfaitement cohérent avec son positionnement « et de gauche et de droite ». Il est aussi logique, vu l’état des forces en présence indiqué par le premier tour : une droite divisée, qui ne pèse que 20 %, autant que la vraie gauche de M. Mélenchon , et moins que le Front national, dont les 21,3 % sont certainement un plancher, comme devrait le montrer le résultat des législatives dans un mois.
 
Cette transgression macronienne présente de nombreux avantages : élargir sa base du premier tour pour tenter d’obtenir une majorité absolue et faire exploser la droite, la rendant incapable d’incarner une opposition forte et, donc, une alternative. Pour longtemps.
 
Mais l’opération est aussi remarquable car, en « mouillant » la droite avec M. Philippe pour mettre en œuvre ses réformes libérales et impopulaires du début du quinquennat, il préserve son cœur de gauche. À la droite de ce brave M . Philippe de faire le sale boulot, donc, et au Président d’en tirer les bénéfices s’il y en a, ou de le renvoyer dans le cas contraire. M. Philippe a accepté d’être ce punching-ball. Il devra se souvenir qu’en cas de crise, le Premier ministre est aussi un fusible. Et M. Macron aura beau jeu de revenir à gauche. Au moment de briguer un second mandat, par exemple. C’est vrai, le « et de gauche et de droite » représente, pour un Président ambitieux et qui veut durer, de nombreux avantages.
 
Mais l’opération Macron-Philippe comporte, malgré tout, quelques gros risques. L’explosion de la droite, avec le départ de ces juppéo-centristes, est, d’une certaine façon, une bonne nouvelle. Macron lui impose l’heure de vérité qu’elle n’a jamais su avoir. Il était grand temps. Une fois ces juppéo-centristes éloignés, qui pesaient beaucoup trop sur les choix idéologiques et les investitures, à partir de la transgression de Nicolas Dupont-Aignan et des aggiornamentos du Font national, une coalition patriote devient envisageable.
 
Et c’est là que l’opération devient risquée pour le Président lui-même. Car, en validant et en pérennisant la situation du second tour Macron-Le Pen, il prend le risque de voir et de faire grandir cette opposition-là qui, avec 35 % aujourd’hui et 10 millions de voix, n’en est peut-être qu’à son plancher. N’oublions pas que le Front national s’est toujours hissé au plus haut après les périodes de cohabitation, en 1988 et en 2002. Avec le socle qui est désormais le sien, et sa situation de challenger, si d’aventure la cohabitation macronienne était un échec, tous les espoirs lui seraient permis.
 
M. Macron a choisi de faire bouger des plaques tectoniques inertes depuis des décennies. Il n’est pas certain que le mouvement s’arrête à l’endroit et à l’heure qu’il aura choisis.

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