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Macron et le G5 Sahel, ou Don Quichotte en Afrique (1)

Consultant en sécurité
 

Les tribulations de notre Président Macron au Sahel s’apparentent à celles de Don Quichotte de la Manche. Malgré la pression exercée par la France au niveau international depuis le mois de juillet afin de financer le démarrage de la force militaire conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) destinée à lutter contre le terrorisme islamiste, le compte n’y est pas à l’arrivée.

Lors d’une ultime réunion des donateurs, le 13 décembre à La Celle-Saint-Cloud, en présence d’une faible représentation européenne, seuls 250 millions d’euros, juste pour démarrer, sur les 423 annuels jugés nécessaires au mois de juillet dernier ont pu être levés, dont seulement 50 provenant de l’Union européenne. Les États-Unis s’étaient déjà engagés à hauteur de 50 millions d’euros, mais à titre bilatéral, donc à leur convenance. L’objectif était double pour la France : durcir la lutte antiterroriste dans la zone et permettre de réduire les effectifs déployés par l’opération Barkhane et son coût budgétaire. Les raisons de ce que l’on peut considérer comme un échec africain d’Emmanuel Macron sont à la fois africaines et onusiennes, mais s’inscrivent également dans l’échec de la Stratégie globale de l’Union européenne de 2016 (SGUE).

La création du G5 Sahel en février 2014 n’a pas marqué une réelle volonté des pays du Sahel de s’unir sur les questions de développement et de sécurité. Cet engagement correspond davantage à un besoin de continuer à bénéficier des aides financières de l’ONU et des bailleurs qui se focalisent principalement sur les projets multilatéraux. La Mauritanie, qui contrôle ses frontières et dont la politique de lutte contre le terrorisme est une réussite, n’avait aucune raison de vouloir s’impliquer militairement dans la sécurité au Mali alors qu’elle considère que ce pays n’a pas fait les efforts suffisants jusqu’à présent. Le Tchad, dont l’armée qui est une référence sert déjà au sein de la mission de l’ONU au Mali ainsi que dans une force régionale contre Boko Haram composée du Nigeria, du Niger, du Cameroun et du Bénin, n’avait pas non plus intérêt à s’investir plus en profondeur dans la zone sahélienne. Autre élément probant, le projet de plate-forme de coopération en matière de sécurité, structure rattachée au G5 Sahel et portée par la France, végète depuis 2014. On en est, en 2017, à la recherche du « partage des tâches » pour rendre opérationnelles les plates-formes de coopération en matière de sécurité de chaque pays. C’est dire la vitesse à laquelle cela avance ! Enfin, l’absence de l’Algérie dans ce dispositif, pays incontournable dans la région, reste pénalisant pour la réussite de la mise en œuvre de cette force militaire commune.

Par la résolution 2359 du 21 juin 2017, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est félicité du déploiement de la force conjointe du G5 Sahel, sans toutefois accepter de participer directement à son financement malgré l’insistance de la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne y étant opposés. La MINUSMA (force de l’ONU déployée au Mali), enlisée, consacre par ailleurs de plus en plus de moyens à s’autoprotéger. Les ambassadeurs du Conseil de sécurité se sont rendus sur zone en octobre. Si l’on en croit un rapport interne de l’ONU, la Mauritanie était le pays le plus en retard dans le déploiement du G5 Sahel, les travaux du quartier général de ce secteur dans la localité de N’Beika n’avaient toujours pas commencé et le bataillon requis pour rejoindre la force militaire conjointe n’avait pas été identifié. Ce pays ne disposait pas, non plus, d’officier de liaison à Mopti, au Mali, dans le centre de commandement du G5. On comprend, dès lors, les réticences onusiennes.

Finalement, il aura fallu attendre le 8 décembre pour qu’un simple appui opérationnel et logistique de la MINUSMA soit décidé, prévoyant notamment les évacuations sanitaires et encore, uniquement sur le territoire malien et à la condition que cela n’entrave pas les actions de la MINUSMA. C’était l’option la plus basse proposée par le secrétaire général de l’ONU. À suivre…

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