Macron face à la colère des gilets jaunes

Ainsi donc, Jupiter-Narcisse devient Neptune : il a pris le large sur un porte-avions plus à sa mesure qu’un yacht mais propre à éviter la tempête qui souffle sur la terre ferme, là où, à bout de patience, une majorité de Français va exprimer, le 17 novembre, une colère qui se libère enfin.

Ils avaient, une fois encore, fait confiance. On les a traités par l’arrogance, le mépris, la désinvolture. Ceux d’en dessous, d’au-delà du périphérique, les ploucs qui manquent de fric pour finir le mois vont donc manifester en gilet jaune. Et Jupiter a la jaunisse…

C’est donc dans le décor du Charles-de-Gaulle, celui du chef des armées dans l’instrument de sa puissance, que Macron a fait semblant de se faire tout petit et s’est livré à un acte de contrition tout relatif, puisqu’il n’a concédé qu’une litote elle-même diminuée par un adverbe. Devant la colère qui monte, l’élu de 2017 n’a pas dit qu’il avait échoué mais seulement qu’il n’avait « pas véritablement réussi », comme s’il s’en était fallu de peu. Quelle est donc cette cible manquée de justesse ? La réconciliation des Français avec leurs dirigeants. Cela signifie donc que le dirigeant qu’il est ne reconnaît aucune erreur sur le fond, mais admet seulement une maladresse dans la forme. Pas une seconde il ne s’interroge sur le bien-fondé de sa politique. Il ne remet en cause que sa pédagogie.

Celle-ci n’a pas suffisamment tenu compte de ce que sont les Français, ceux qu’il avait stigmatisés comme « Gaulois réfractaires » au Danemark, à l’étranger où il avait promis de ne pas évoquer la politique intérieure française. Cette fois, il dit entendre la colère et l’impatience, mais ne peut s’empêcher de penser que celles-ci sont manipulées par des oppositions incohérentes qui veulent plus de dépenses publiques pour davantage de protection et moins d’impôts pour un meilleur pouvoir d’achat. Autrement dit, les Français sont des niais et les opposants des idiots ou des escrocs.

Ses opposants sont donc incohérents puisqu’ils veulent à la fois plus de protection, plus de services publics et moins d’impôts ? Non, ils veulent que l’imposition soit moindre et plus juste alors que la France détient le record européen des prélèvements fiscaux et que les dernières mesures ont ciblé surtout certaines catégories. Les retraités qui n’étaient pas soumis à l’ISF, mais sont au-dessus des seuils qui les exonéreraient de l’augmentation de la CSG, et les privent des primes à la conversion ou de la diminution de la taxe d’habitation, sont l’image même de la cible, visée de tous côtés et bien au centre des tirs.

Pour peu qu’ils habitent en dehors d’une grande agglomération, la diminution de leur pouvoir d’achat devient insupportable. Aussi, ils pensent comme beaucoup de Français que cette politique discriminatoire pourrait parfaitement être corrigée tout en pratiquant une baisse de la dépense publique, à condition de moins favoriser ceux qui sont déjà privilégiés, comme ces membres de cabinets ministériels dont le salaire moyen est passé de 4.926 à 9.180 euros par mois, à condition aussi de mieux maîtriser la coûteuse politique de l’immigration qui, par définition, ne profite pas aux Français.

Ces derniers sont, pour beaucoup, étranglés par des dépenses contraintes sur lesquelles ils n’ont que peu de pouvoir. Celles-ci sont passées de 15 % de la consommation des ménages, en 1960, à 34 %, en 2017. Et c’est dans ce contexte que le Premier ministre a égrené une série de mesures toujours enveloppées dans le brouillard écologiste. Plutôt que de diminuer les taxes, on va donc continuer à les augmenter, mais on va « accompagner » ces pauvres Français avec des chèques et des primes, soumis à une panoplie de seuils, qui vont leur compliquer la vie, générer plus de fonctionnaires pour contrôler le tout. N’est-ce pas au cœur du pouvoir que se situe l’incohérence ? N’est-ce pas le père Ubu qui nous gouverne ? Lorsqu’on entend notre grand-amiral appeler à une armée européenne pour nous garantir contre les États-Unis, ou pour protéger la Turquie, on se demande effectivement s’il a encore toute sa raison.

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