Editoriaux - Politique - Tribune - 29 décembre 2017

Alors, Macron, c’est du lard ou du cochon ?

C’est LA phrase du réveillon de Noël : « Tu as vu, Macron, quand même, qu’est-ce qu’il nous bluffe ! Jamais on n’aurait imaginé ! Et pour les entreprises, et sur l’immigration, et sur l’école, et sur Jean d’O et sur Johnny, sur tout, il est PHE-NO-MÉ-NAL ! » Autour de la dinde ou à la bûche, les familles sont réconciliées : même le filloniste ou le mariniste récalcitrants ont rendu les armes, et sont même parfois les plus enthousiastes. Quant au mélenchonniste… tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes.

D’ailleurs, tous les sondages clignotent ensemble : l’événement le plus marquant de 2017 ? Selon une enquête Elabe, l’élection d’Emmanuel Macron est citée par 41 % des sondés, 53 % plaçant tout de même en tête les attentats islamistes dans le monde. Comme quoi les Français savent aussi distinguer les tendances de fond… La personnalité de l’année 2017 ? Emmanuel Macron, bien sûr, à égalité avec le pape François, bien sûr encore, pour 33 % des Français, selon un selon sondage IFOP pour Paris Match publié mercredi. Une autre enquête (pour Orange et La Tribune) indique que la politique du nouveau Président suscite même la confiance de 35 % des sympathisants du FN (+ 14 points !). Quand on vous dit que toute la famille ne jure plus que par Macron…

Et pourtant, dès qu’on laisse les bulles de champagne se calmer, dans tous les domaines où on le trouve extraordinaire, une question surgit : mais, en fait, sa politique, tu crois que ça va vraiment changer les choses ?

En économie, l’éditorialiste des Échos, Jean-Marc Vittori, dans un texte au titre explicite (« L’économie à la Macron : un bel élan et deux trous noirs »), passés les satisfecit attendus sur la « bonne direction » donnée par le nouveau Président, nous ramène à la réalité des mesures prises et surtout aux problèmes non traités :

La politique économique d’Emmanuel Macron pose toutefois deux problèmes majeurs. Le premier est l’ampleur réelle des changements. Avec les réformes mises en œuvre, la France n’est pas en pointe : elle se rapproche plutôt de ses voisins après s’en être trop éloignée […] Et la portée des changements a été surévaluée, par le gouvernement comme par ses adversaires. […] L’autre problème porte sur la dépense publique. Angle mort de la campagne du candidat Macron, elle risque de devenir le boulet de son mandat. Or la France a des dépenses publiques inefficaces. […] Sans vraie méthode, la dépense publique va dériver. […] Comme d’autres avant lui, il risque de gâcher la manne budgétaire d’une reprise en baissant des impôts qu’il faudra fatalement remonter par la suite, faute d’avoir maîtrisé les dépenses. Même avec beaucoup d’élan, on peut toujours tomber dans un trou.

Et, à bien y regarder, la même analyse peut être étendue aux autres politiques de M. Macron. L’école ? L’immigration ? La fiscalité sur les classes moyennes ? Enfin de bonnes directions – bonnes car répondant au bon sens et à la demande d’une majorité de Français en révolte contre les dérives des gouvernements précédents. Mais les problèmes structurels, eux, demeurent et sont soigneusement évités. Et cela fait beaucoup de trous noirs…

Alors Macron, de l’art et du coaching, c’est certain. Mais pour le lard ou le cochon, le simple fait que la question se pose, chez les acteurs de terrain (le professeur, la PME, le policier, les classes moyennes, la France périphérique et quelques autres) comme chez les analystes les plus lucides, constitue déjà un élément de réponse.

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