Macron à Versailles : est-il l’heure de prendre sa lyre ou de sonner le tocsin ?

Homme politique

Ancien député UMP, Président du Rassemblement pour la France, Président de La Droite Libre

 

Lorsque la politique se dissout dans la communication, on aboutit au discours d’Emmanuel Macron devant le Congrès : un exercice de style, parfait dans la forme, et en même temps un sermon au long cours qui n’a touché la terre de la réalité qu’à de rares moments.

Par rapport à son prédécesseur, dont la rhétorique était pauvre et la voix mal assurée, Macron semble pécher à l’inverse. À force de vouloir prendre de la hauteur, le voilà qui se situe au-delà des nuées dans une pensée stratosphérique qui risque aussi, par sa longueur inutile, d’être soporifique.

Certes, il ne fallait pas qu’il marche sur les brisées du Premier ministre en énonçant les détails de la mise en œuvre du programme mais, pour autant, il n’aurait pas dû se complaire à jongler avec les concepts non sans un évident plaisir égotique.

Sa dissertation soignée jalonnée d’oppositions et de synthèses est demeurée abstraite. Les commentaires de la presse écrite ont souvent exprimé cette déception : « flou », « vague », « lénifiant », « surjoué », « banalités », « platitudes » sont des mots qui ont sanctionné ce jugement globalement négatif, compensé par les flagorneries habituelles de quelques-uns, notamment dans l’audiovisuel.

Si l’on met à part son projet de modifier la représentation nationale, qui n’est pas dénué de démagogie et fait un clin d’œil discret à l’antiparlementarisme ambiant, le reste de son intervention relevait du discours académique plus que de l’ordre du jour du chef de la nation.

Le « vice » national est « le déni de réalité ». Le réalisme doit l’emporter sur le « principe de plaisir ». Freud n’aurait pas dit mieux. Il faut combattre « les forces de l’aliénation » pour reconquérir son « autonomie ». Il faut instaurer « une société de confiance » et repousser « l’usage unilatéral de l’autorité ». Ces formules philosophiques peuvent-elles inspirer une action politique concrète ?

La préciosité recherchée de certaines expressions fait craindre que la forme ne l’ait emporté sur le fond. Le « nuancier savant », « la route auguste », « la lèpre de l’esprit du moment » ou le balancement très classique de « plus juste parce que plus efficace, plus efficace parce que plus plus juste » sont agréables aux oreilles raffinées mais n’abordent pas le problème que connaissent réellement la France et les Français, le sentiment national et, pour beaucoup, personnel, de déclassement. Est-il l’heure de prendre sa lyre quand il est urgent de sonner le tocsin ?

Le ton parfois gaullien de certains mots comme « l’ardente obligation » ou « une certaine idée » ne doit pas susciter l’illusion. Macron, c’est la version française d’Obama. Il évoque les défis, comme la transition écologique, l’humanisme face au terrorisme islamiste, la transition numérique. Il constate les difficultés, comme « cette dérive du monde » qui « impose son rythme erratique », mais il ne résoudra aucun problème et se contentera de systématiser le « et,et » ou le « ni,ni » qui constituent la trame de son allocution. Excellence et égalité, ambition et justice, ni roman national, ni repentance : ce sens aigu de l’équilibre formel, ce souci d’une éloquence élégante fournissent-ils le carburant psychologique nécessaire pour animer une « révolution », pour insuffler un « imaginaire collectif puissant et désirable » ?

La perfection de la forme tue souvent l’authenticité du fond. Macron a été un bon lecteur. Il lui a manqué la sincérité vraie ou simulée de l’acteur !

Ancien député UMP, Président du Rassemblement pour la France, Président de La Droite Libre

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