Macron est à Hollande ce que Tapie fut à Mitterrand

 

Aujourd’hui, M. Tapie essaye de se faire passer pour une victime du cabinet noir de M. Hollande. Il est vrai qu’en matière de cabinet noir de Président socialiste aux abois, il a quelques connaissances. Et il n’en fut pas toujours victime.

On dit souvent que cette élection présidentielle ne ressemble à aucune autre. Ce qui est vrai en un sens, si se trouvaient exclus du second tour les représentants du PS et de la droite. Si c’est acquis pour Hamon, cela ne l’est pas encore pour Fillon, n’en déplaise aux scénaristes de l’Élysée. En fait, chaque présidentielle a toujours réservé son lot de surprises.

Mais, si nos commentateurs faisaient un peu d’histoire politique, ils découvriraient que la situation politique actuelle, à bien des égards, a déjà eu un précédent.

Cherchez bien : un Président socialiste finissant, un PS discrédité, une droite (toutes tendances confondues) majoritaire dans le pays. Et ce même Président qui essaie de sauver la gauche en recrutant, d’abord dans ses derniers gouvernements, puis pour torpiller son parti laminé que ses héritiers rebelles avaient repris, un homme d’affaires « moderne », dynamique, libéral, et dont le seul credo était de « battre le Front national ».

Vous y êtes ? Mitterrand, Tapie, 1992-1994 ? Eh oui ! Hollande n’a eu qu’à relire la ténébreuse fin du second septennat de Mitterrand pour écrire son scénario Macron.

Et alors, me direz-vous, du point de vue électoral, quel rapport avec la situation actuelle ? Mitterrand n’avait pas seulement lancé M. Tapie à Marseille pour les régionales et les législatives sous des appellations aussi macronesques qu’En marche ! (à l’époque, c’était « Énergie sud »). Et sur les plateaux télé pour faire de la lutte contre le FN l’alpha et l’oméga de sa politique.

Histoire de faire oublier un bilan mauvais et un PS en voie d’extinction. Il en avait aussi fait un ministre dès 1992. En 1993, le PS subit une défaite historique aux législatives, ne comptant plus que 60 députés. Du jamais vu. Et c’est dans ces circonstances que Mitterrand le propulsa, lors des élections européennes de 1994, dans une élection nationale contre son propre parti qui avait porté à sa tête Michel Rocard, son ennemi de toujours. Certainement avec l’intention, si le plan réussissait, que M . Tapie pourrait être, l’année suivante, le candidat d’une gauche recentrée, libérale, et priver la droite de l’alternance.

Résultats de ces élections où Tapie allait faire de la politique autrement et sauver la gauche de la défaite ? Un gros pschitt, qui sonna pour lui le glas de toute ambition politique ultérieure :

PS (Rocard) : 14 %
Tapie (MRG) : 12 %
PCF : 7 %
Verts : 3 %

Tapie avait fait beaucoup de bruit, traitant les électeurs frontistes de « salauds ». Samedi, à Marseille, M. Macron a repris cette antienne guerrière, à peine plus policée : « Non, ne les sifflez pas, ne les sifflez jamais, combattez-les ! Sortons-les ! »

Les Marseillais et tous les Français n’avaient pas marché dans la combine du Président socialiste de l’époque. La gauche de la fin du quinquennat de M. Hollande, qu’elle soit extrémiste, frondeuse, crypto-socialiste ou macronienne, ne mérite pas mieux que celle de la fin des années Mitterrand.

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