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M. Macron sera-t-il le Président des riches ?

Professeur agrégé et écrivain
 

M. Macron a été élu sous l’étiquette progressiste et a parlé de justice sociale pendant toute sa campagne. Or, sa politique va surtout favoriser les 0,2 % les plus riches du pays. En effet, le nouvel impôt sur la fortune ne sera basé que sur l’immobilier. Or, seuls les patrimoines des grandes fortunes ne sont pas axés sur la pierre et bénéficieront de la réforme de l’ISF. En outre, l’État imposera dorénavant un forfait de 30 % (CSG comprise) sur les revenus financiers. Les 0,5 % de contribuables qui ont un taux marginal de 45 % verront leurs prélèvements sur ces produits régresser de 62,2 % à 30 % !

Au final, avec toutes les réformes (CSG, taxe d’habitation, ISF et forfait de 30 %), 60 % des Français gagneront, par an, entre 300 et 1.000 €, 20 % auront des revenus stables, 20 % perdront entre 600 € et 1.000€ et 0,1 % gagneront de 10.000 à 60.000 €. Ces chiffres sont, bien entendu, fort approximatifs tant les situations sont variées entre les enseignants retraités, le smicard dont la femme ne travaille pas et l’héritier du clan Mulliez.

Les super gagnants de la politique du nouveau chef de l’État seront les millionnaires qui vivent de la Bourse (le but étant de les attirer chez nous ou de les retenir afin qu’au final, les impôts qu’ils versent augmentent sensiblement). Les grands perdants seront les classes moyennes supérieures (cadres du privé ou du public, indépendants, retraités aisés). En outre, ceux-ci verront leur taxe d’habitation (qu’ils continueront à payer) flamber (jusqu’à doubler ?) et supporteront l’augmentation des taxes foncières (de 20 à 30 % ?) car, bien entendu, l’État ne compensera que symboliquement auprès des communes les 8,5 milliards (selon M. Darmanin) de ressources qu’il leur enlève.

M. Macron déteste la rente immobilière, il l’a dit et répété. Les bailleurs seront donc taxés pour les inciter à investir dans les actions. Mais cette politique montrera vite ses limites. Si, par ces diverses mesures, le nouveau pouvoir réoriente 1 % de la pierre vers l’industrie, il retirera 200.000 logements à la location alors qu’on en manque cruellement. Et seuls les très gros portefeuilles (de plus d’un million d’euros) gagnent à la Bourse. Les autres perdent une part de leur capital, car le niveau moyen du CAC 40 est étal depuis trente ans et les banques savent comment faire endosser leurs pertes à leurs clients et confisquer leurs profits. Résultat : les petits et moyens porteurs subissent 120 % des krachs et n’encaissent que 50 % des hausses.

M. Sarkozy a perdu, en partie, en 2012, car on lui reprochait cinq milliards de prétendus cadeaux aux riches (mais d’autres raisons peuvent justifier son limogeage). En fait, ces cinq milliards (le montant du choc fiscal de 2007) comptaient 600 millions pour le bouclier fiscal, trois milliards pour les heures supplémentaires (favorables, entre autres, aux smicards) et 1,4 milliard pour les intérêts d’emprunts immobiliers. M. Macron pâtira-t-il lui aussi, en 2022, de sa (vraie !) politique pro-riche ?

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