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M. Macron, arrêtez de parler de ce que vous ne connaissez pas !

Cadre culturel
 

Comme Robert Ménard, en tant que pied-noir, j’ai été scandalisé par la phrase de Macron, phrase faite pour tuer, tuer ce qui reste d’honneur chez nombre de Français, tuer la fraternité fragile qu’il y a – qu’il y a toujours eu – entre Arabes et pieds-noirs.

J’en veux pour preuve ce souvenir poignant que je dois raconter, vu les circonstances, et que je vais transmettre avec force à mes enfants et petits-enfants.

J’étais en 1970-71 chez un oncle et une tante à Alger, où j’ai passé ma première et ma terminale au lycée français d’Alger (lycée Descartes, ex-lycée Fromentin). Nous étions alors dix ans après l’indépendance. Première remarque : les quelques étudiants pieds-noirs de la classe formaient une bande joyeuse avec les Algériens (dont la moitié étaient kabyles). Les enfants de coopérants étaient plutôt réservés au début (croyant que tous les pieds-noirs étaient d’affreux esclavagistes) mais finissaient par s’intégrer assez vite. Un Arabe, très brillant, barbu (islamiste intégriste), ne se mélangeait pas aux autres et restait à l’écart. Rétrospectivement, quand je me remémore son visage, j’ai froid dans le dos. À cette époque-là, des bandes d’islamistes menaient des actions commando contre les étudiantes musulmanes à la sortie du lycée. Ils badigeonnaient leurs jambes découvertes de peinture au minium.

Pendant les vacances, nous partions en caravanes de voitures visiter l’Algérie profonde. Ces vacances de Pâques 71, nous avons sillonné les hauts plateaux situés derrière l’Atlas algérien et nous sommes arrêtés à Khemisti, anciennement Bourbaki, dont mon grand-père, Gaston Jacquot, né à Besançon, avait été le maire pendant de longues années au début de la fondation du village. Blessé à la bataille de Verdun, il avait gardé jusqu’au bout son bel accent franc-comtois.

J’ai donc, ce jour-là, redécouvert le village où nous passions des vacances avec nos grands-parents avant l’indépendance. Très vite, un attroupement s’est formé et, quelqu’un ayant dit que j’étais le petit-fils de monsieur Jacquot, des youyous fusèrent de toutes parts et, en quelques minutes, une foule de plusieurs centaines d’Arabes nous entourait.

Selon M. Macron, c’était pour nous faire la peau et nous traîner devant un tribunal d’exception, genre Nuremberg improvisé.

Mais non. Ces braves gens voulaient faire la fête. Et quand les Arabes veulent faire la fête, ce n’est pas juste boire un coup au bistrot du coin. Nous avions une longue route à faire, nous avons donc dû sauter dans les voitures et partir comme des sauvages.

Et moi, dans la voiture qui nous éloignait de Bourbaki, je pleurais à chaudes larmes, certain d’avoir raté un épisode important dans l’histoire de ma famille.

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