Culture - Editoriaux - Histoire - Presse - 30 avril 2018

Légion étrangère : quel lycéen a entendu parler de Camerone ?

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Camerone. De quoi j’me mêle ? De quel droit viendrais-je parler de cette bataille, moi qui ne suis ni historienne, ni – cela n’aura pas échappé aux plus perspicaces – légionnaire ?

Du droit, chers amis, de celle qui a été biberonnée à Jean-Pax Méfret, et fredonnait donc Camerone à l’âge où d’autres chantaient encore Bécassine, c’est ma cousine. Notons, au passage, que les récents articles dans la presse mainstream dont a fait l’objet « le chanteur de l’Occident » à l’occasion de son retour sur scène ont assez peu relevé, et donc sous-estimé, son rôle « gramcien » dans l’émergence et l’intériorisation, sur plusieurs générations, « Jean-Pax », comme Johnny, étant écouté de 7 à 77 ans, d’une contre-culture assumée dans les familles conservatrices, passant en particulier par l’exaltation – une petite chanson valant souvent mieux qu’un long bouquin – d’un roman national oublié, voire interdit.

« Garçon (mais cela fonctionne aussi avec « fille », je peux en témoigner, NDLA), si par hasard, sur ton livre d’histoire, tu tombes sur ce nom : Camerone ! / Garçon, regarde bien cette page d’histoire, et n’oublie pas ce nom : Camerone ! Garçon, sur le chemin, qui conduit à la gloire, tu dois trouver, ce nom : Camerone !/ Garçon si ton destin exige une victoire, n’oublie jamais ce nom. »

Et si on faisait un petit sondage, juste pour rire ? Si l’on demandait, dans les lycées de France et de Navarre, qui a entendu parler de Camerone ? Sur les mains de combien de manchots compterait-on les doigts levés ?

« Le ciel de feu du Mexique, à jamais se souviendra, de ce combat héroïque, dans les murs de l’hacienda / Pour l’honneur de la Légion, sachant qu’ils allaient mourir, jusqu’au bout de leur mission, fiers de tomber pour l’empire / Ils étaient 62, face à 2.000 cavaliers, le soleil baissa les yeux lorsqu’ils furent exterminés. »

Héroïsme, sacrifice, panache, bravoure même quand tout est perdu fors l’honneur. Ce sont ces valeurs baroques, englouties, oubliées, décriées qui sont toutes contenues dans ce nom de Camerone, symbole d’une arme, la Légion étrangère, qui reste l’un des derniers endroits, dans notre pays, sachant faire de « migrants » de vrais Français. Par le sang versé.

Coïncidence de dates, le rapport sur le Service national universel appelé de ses vœux par Emmanuel Macron vient d’être rendu, et tout laisse augurer, sauf surprise, qu’il sera la version longue (un mois) et fastidieuse de la vaine autant que folklo journée citoyenne.

Mais ce projet montre au moins une confuse prise de conscience, en haut lieu, de l’utilité de ce cercle des valeurs disparues, celui-là même dont est issu Arnaud Beltrame, qui a été cultivé bon an mal an par l’armée – même si l’on a tenté mille fois de l’y éradiquer – parce que nul n’a réussi à résoudre l’impossible quadrature du cercle : comme faire en sorte qu’un groupe d’hommes marchent résolument vers une mort possible pour préserver un bien supérieur à leur propre personne, sans inculquer le sens du devoir, du désintéressement, du bien commun, du sacré – avec ses rites, ses codes, ses traditions – de l’ordre, de la hiérarchie, de la discipline, de l’exemple et de l’amour de la patrie ?

Il paraît que certains parents, dans les Alpes-Maritimes, refusent que l’on nomme le lycée de leurs chers petits du nom d’Arnaud Beltrame – trop récent -, il faut laisser du temps au temps – et trop risqué -, les adolescents pourraient être la cible des islamistes.

S’il faut trouver d’urgence des exemples d’héroïsme, pourquoi ne pas appeler ce lycée Camerone ? 1863, ce n’est pas tout à fait avant-hier. Et il y a peu de chances que les Mexicains viennent se venger, si ?

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