Misère des modernes

La lutte contre la grossophobie, nouvelle cause à la mode

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La cage aux phobes décrite en son temps par Philippe Muray ne désemplit pas. Elle accueille désormais les grossophobes. On ne sait pas bien qui ils sont, mais on identifie aisément leurs victimes : les personnes que l’on qualifiera par euphémisme – et afin de ne pas être envoyé directement derrière les barreaux – de bien portantes.
 
Les gros – pour le dire cette fois-ci plus crûment – constitueraient un nouveau groupe à protéger des moqueries et des discriminations d’une époque qui privilégierait la minceur, voire l’extrême minceur dans le cas des mannequins étiques, et le muscle saillant, voire surabondant chez les habitués des salles de sport.
 
Les prémisses sont erronées car jamais autant qu’aujourd’hui notre société n’a connu un taux d’obésité aussi élevé à tous les âges, et jamais autant les personnes en surpoids n’ont été incluses dans la norme physique et déculpabilisée lorsqu’une mauvaise hygiène de vie est la cause des kilos en trop.
 
À l’époque où il fait bon être victime de quelque chose – en l’occurrence le fait d’être gros -, tout « dérapage » est donc le bienvenu pour asseoir sa position de discriminé.
 
Mi-juin, la très élégante Karine Le Marchand dut subir les foudres des internautes – nouvel échantillon du bon goût – après l’annonce d’une émission sur l’obésité. Plus récemment, Djamel Debbouze – pour qui je n’ai, d’ordinaire, guère de sympathie – fut à son tour taxé de grossophobie pour avoir estimé impossible que le chanteur Usher eût une relation avec une femme en surpoids.
 
Régulièrement, la Toile nous abreuve d’ailleurs de ces séquences au cours desquelles une personne – souvent un homme – est pris en flagrant délit de grossophobie et aussitôt remis à sa place.
 
À la une d’un récent numéro de The Observer, la Française Gabrielle Deydier, fière de ses 150 kilogrammes de la même manière qu’un écrivain le serait de remporter un prix littéraire, accuse la France d’être le pays de la grossophobie. L’hebdomadaire appelle très sérieusement l’Hexagone « à ressentir ce que Gabrielle a ressenti toute sa vie : la honte et la remise en question »
 
À quand, donc, une marche des fiertés pour les grosses et les gros ? Loin de nous l’idée de nous moquer, d’inciter à la discrimination – interdite par le Code pénal -, de stigmatiser. Nombre de cas d’obésité seraient d’ailleurs dus à des raisons médicales. Ils sont loin, pourtant, d’être la majorité. L’excès de kilos est souvent dû à une hygiène de vie défaillante (alimentation grasse, manque d’exercice physique…).
 
L’époque troublée exige la réappropriation d’un esprit sain dans un corps sain – les deux allant de pair. Si l’on ne peut sombrer dans la grossophobie, il ne faut pour autant pas transformer le surpoids en norme – nous ne sommes pas en Amérique – ou en bienfait.
 
Mens sana in corpore sano.

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