Ludovine de La Rochère : « L’ouverture de la PMA à toutes les femmes est une pratique transhumaniste »

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) rend, fin juin, son avis sur la PMA pour les femmes célibataires et lesbiennes.

Suite logique du « Mariage pour tous », la PMA sans père, qui consiste à « détourner la médecine au profit d’une revendication individualiste et égoïste », avait été retardée grâce à la mobilisation des Manifs pour tous. S’il y est favorable à titre personnel, le Président Macron, qui se veut rassembleur, prendra-t-il le risque de légaliser une pratique qui divise profondément les Français ?

Le premier tour des législatives est à peine passé que le comité consultatif national d’éthique (CCNE) a annoncé qu’il allait rendre un avis avant la fin du mois de juin sur l’ouverture de la PMA aux pères homosexuels et aux couples de femmes. Est-ce qu’il faut avoir peur de cet avis ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Comment cela va se transformer politiquement ?

Il y a beaucoup à dire sur ce projet d’avis qui est, en fait, attendu depuis 2013.
Il a, bien sûr, été retardé à maintes reprises à cause des mobilisations immenses de la Manif pour tous.
Le nouveau président du CCNE l’avait annoncé : « Un nouveau pouvoir va arriver et se mettre en place et, après les législatives, nous rendrons public cet avis sur la PMA sans père, c’est-à-dire aussi bien pour les femmes célibataires que pour les femmes lesbiennes. »

Emmanuel Macron en a parlé plusieurs fois mais on a parfois du mal à savoir ce qu’il pense de la GPA et de la PMA.
Est-ce qu’Emmanuel Macron pourrait s’opposer à cet avis rendu par le CCNE ?

Emmanuel Macron, à titre personnel, est tout à fait favorable. Il l’a dit à maintes reprises.
Il est tout à fait favorable à la PMA sans père.
Il est, par ailleurs, favorable à la reconnaissance de la filiation sociale, c’est-à-dire une filiation purement construite, une filiation d’intention, à partir de laquelle tous les schémas sont possibles.
En revanche, suivre cet avis du CCNE, s’il était favorable à la PMA sans père, serait très contradictoire avec la position de fond d’Emmanuel Macron de vouloir rassembler les Français.
Le président du CCNE l’a dit lui-même. Ce serait aller vers quelque chose qui va diviser profondément et accentuer la fracture puisque, évidemment, on parle de l’enfant.
Or, nous, adultes, avons le devoir de protéger l’enfant et de faire impérativement respecter son intérêt supérieur.

Vous avez dit que les mobilisations de la Manif pour tous avaient bloqué le gouvernement précédent sur ces questions-là. Comme vous venez de le dire, elle pourrait retourner dans la rue si Emmanuel Macron poursuivait le travail accompli précédemment.
Pourquoi vous opposez-vous, finalement, à la PMA alors que vous aviez dit que c’était une conséquence naturelle du mariage pour tous ?
Il est désormais adopté, alors pourquoi s’opposer à la PMA ?

Même si la loi Taubira a malheureusement été votée, ce n’est pas une raison pour baisser les bras et pour renoncer puisque la suite est très importante également.
J’ajoute que la PMA sans père est un nouveau saut anthropologique immense.
La PMA sans père est même une pratique transhumaniste.
On fait fi des limites et de notre condition humaine qui nécessite l’altérité sexuelle pour le renouvellement des générations. On fait comme si de rien n’était et, par les possibilités techniques qui existent aujourd’hui, on fait comme si de rien n’était. On contourne cette difficulté et on bidouille bien entendu la procréation d’un enfant et sa filiation et on obtient un enfant.
Autrement dit, on n’est plus du tout dans un couple atteint d’une pathologie que la PMA va aussi contourner et non pas traiter.
On n’est plus du tout, et moins que jamais, dans la médecine. Là, on est dans le détournement de la médecine au profit d’une revendication individualiste. Elle est, par essence, égoïste puisque l’enfant lui-même, dans tous ces débats, n’existe finalement jamais.
Ne pas avoir de père, ne pas avoir de filiation paternelle est une grande douleur et une grande absence, qui plus est quand on ne sait pas du tout qui est le père.
Les hommes ne sont pas là juste pour être des pourvoyeurs de sperme.
Aller vers ce genre de pseudo-filiation, de filiation bidon, ce serait dramatique pour tout le monde.
J’ajoute que les femmes, les mères ont besoin de l’homme, ont besoin d’un père.
On sait bien combien les familles monoparentales vivent de difficultés sur tous les plans économique, éducatif, psychologique, etc.
C’est incompréhensible, aujourd’hui, de voir qu’on ne cesse de promouvoir la famille monoparentale.
Il n’est évidemment pas question de juger.
Il faut aider et accompagner. Mais, pour autant, mettre en œuvre une pratique qui ne ferait que démultiplier le nombre de familles monoparentales ou des foyers avec deux mères, ce serait totalement aberrant pour l’enfant et pour la société.
Nous sommes tous, pour plein de raisons, très focalisés sur la GPA.
Le drame de la GPA et le principe même de la GPA sont beaucoup plus faciles à comprendre.
La PMA sans père, qui concerne une femme ou deux femmes qui élèvent un enfant, choque moins de prime abord. Mais sur le plan du sens, du point de vue de tout ce que cela implique, signifie et modifie, c’est une question très importante.
Donc, bien entendu, nous sommes plus que vigilants sur cet avis à venir.

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