24 mai 2016

L’ombre d’un doute

24 avril 2016… C’est un dimanche. Sur la route, les retours de week-end allongent les files de voitures. Vers 18 h, la radio m’informe des résultats du premier tour des élections présidentielles en Autriche. Comme beaucoup de Français, je n’avais pas, jusqu’alors, porté une attention particulière aux joutes électorales de ce pays. Mais voilà que, soudainement, les médias s’emballent, la classe politique s’enflamme. Dès 18 h, en effet, c’est un fait acquis : les résultats quasi définitifs en attestent, Norbert Hofer, le candidat « d’extrême droite », a des chances de devenir le prochain président de la République autrichienne. Fin du premier acte.

On s’attend, pour le second, un mois plus tard, à une répétition des événements. Deux candidats restant en lice, le dépouillement devrait être rapide et l’emballement médiatique assuré… Nenni, ce dimanche 22 mai au soir, un étrange silence s’abat sur les ondes et les écrans. Rien n’est dit, rien n’est annoncé et il faut fouiller dans les recoins d’Internet pour apprendre que Norbert Hofer possède plus de 144.000 voix d’avance sur les bulletins dépouillés, un écart qu’on ne peut qualifier d’infinitésimal dans un pays qui dénombre 4,5 millions de suffrages exprimés. Surtout, on apprend qu’il faudra 24 heures supplémentaires pour décompter les 855.437 votes restants, ceux exprimés par correspondance.

On peut admettre que seul un dépouillement définitif permette de départager des candidats aux scores assez proches. Mais pourquoi ce délai ? On n’est pas dans une république bananière, l’Autriche est un État moderne qui possède les moyens humains et matériels de gérer une telle situation. Pourquoi interrompre les opérations de dépouillements ? Pourquoi laisser dormir (on ne sait où ? Et dans quel contenant : sacs postaux, urnes scellées ?) des bulletins si précieux. Un tel délai ne peut que provoquer une légitime suspicion.

Et puis, il y a ce changement de chancelier entre les deux tours. Le 9 mai, Werner Faymann, à la tête d’un gouvernement où figuraient des ministres proches du FPÖ, démissionne. Il est remplacé le 17 mai par Christian Kern (« noyau », en allemand !), qui constitue un gouvernement de coalition (socialistes et démocrates-chrétiens), à sa main et surtout à l’exacte image des apparatchiks de Bruxelles ! Le ministre de l’Intérieur, un socialiste bon teint, a donc tout loisir de superviser et d’« organiser » le scrutin. C’est évidemment une hypothèse, sans autre élément probant qu’un faisceau d’indices et un monceau d’intimes convictions.

Malgré le faible écart qui le sépare du vainqueur (31.000 voix), le candidat du FPÖ a préféré ne pas saisir le juge de la régularité des opérations de vote. C’est son droit ! Même si on a quelques difficultés à admettre une telle attitude. S’agit-il de connivence, de la volonté de ne pas ternir son image ou de la certitude de l’emporter dans de prochaines élections ? Norbert Hofer, pourtant qualifié d’extrémiste, de xénophobe et autre nom d’oiseau, veut garder son image de gendre idéal et doit rester lisse et fair-play.

C’est son rôle ! Mais nous, modestes observateurs, encore une fois déçus par une victoire ratée (ou volée), nous ne pouvons écarter ce doute qui nous envahit, au risque d’apparaître comme d’insupportables adeptes de la théorie du complot.

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