Une loi pour le médiatiquement correct… et proposée par la droite, en plus !

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C’est un ennemi qui n’a pas de visage, nous dirait certain. Le réel, puisqu’il s’agit de lui, n’en est pas à son coup d’essai. Sa tendance à révéler un certain nombre de vérités fâche. À en croire Brigitte Kuster, députée Les Republicains, puisqu’il est compliqué d’appliquer au réel une communication policée et maîtrisée, une nouvelle loi doit voir le jour : organiser une information parcellaire pour contrer les réalités coriaces.

C’est ainsi qu’une impérieuse proposition de loi a été déposée le 27 septembre 2017. Elle tient en deux lignes et condamne à 15.000 euros d’amende qui diffuserait les noms de famille ou les images d’une personne poursuivie pour terrorisme. Bien entendu, une telle loi est vite inapplicable, car avant d’être poursuivi, il existe un laps de temps où le nom et les images peuvent être diffusés sans se confronter au courroux de la loi, les réseaux sociaux aidant. Une loi fictive, donc, par des députés aux noms bien réels, d’autant plus désespérants qu’ils appartiennent à un parti supposé de droite.

On sait tous ce qui est visé ici : le poids des noms parfois peu « franchouillards » et le choc des visages un peu trop « typés » ont tendance à stigmatiser une partie de la population. Les attentats sont d’autant plus regrettables que ceux qui les commettent font converger un certain nombre de faisceaux et prennent à partie certaines personnes. C’est malencontreux, d’autant qu’on s’attache médiatiquement à les laver de tout soupçon après chaque attentat.

Pourtant, une telle loi tend à provoquer le contraire. On s’étonne qu’elle ne concerne que le terrorisme, et non tout acte barbare. Voilà qui instaure une inégalité très étonnante : le risque de payer 15.000 euros au Trésor public ne s’applique pas dans le cas où l’on révèle le nom de violeurs, pédophiles et agresseurs en tout genre. Un sifflement à l’oreille nous alerte sur ce qui se passera lors d’un prochain attentat, comme si l’on pressentait nos braves juges capables d’appliquer une loi inapplicable. En définitive, une telle proposition de loi résonne bien plus comme un étrange traitement de faveur.

Plus étonnantes encore les raisons qui sont avancées par le texte : « Faut-il ou non que les médias divulguent le nom et les photographies du terroriste impliqué ? N’existe-t-il pas un risque d’octroyer à l’assassin une gloire […] ? Importe-t-il vraiment au public de connaître l’identité complète et le visage d’un individu que ses actes ont déjà mis hors de la communauté des hommes ? Et n’y a-t-il pas une inacceptable distorsion entre la surexposition médiatique dont il bénéficie et l’anonymat où demeurent le plus souvent ses victimes ? »

Des questions que, seuls, eux se posent. Les familles de victimes n’ont pas nécessairement une envie irréfrénée de sortir de l’anonymat ; l’exclusion unilatérale des terroristes de la communauté des hommes semble relever d’un jugement plus lyrique que législatif ; et s’il y a gloriole pour le terroriste, ce sera pour des êtres qui sont déjà nos ennemis, et qui mériteraient qu’on les combatte un peu plus. Enfin, en dépit d’une prose romanesque, il semble élémentaire que la population puisse connaître ses agresseurs.

Cela l’est davantage si on tente par tous les moyens de l’en empêcher.

Puisque le réel n’est pas docile au roman politico-médiatique, ils n’ont d’autre solution que d’en façonner notre perception. Un péché par omission, en somme, à la fois grossier et méprisant pour les gens qu’on prend alors pour des imbéciles, car il s’agit là simplement de censure. Paver un tel enfer d’aussi nobles intentions ne peut qu’être au service de quelque chose de plus grandiose. Comme s’il fallait absolument nous maintenir coûte que coûte dans une illusion craquelante, dont l’enjeu idéologique dépasse largement notre sécurité.

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