Lobbies des labos : le Sénat poursuit le Pr Aubier pour parjure 

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Au moment où une certaine Clotilde Nonnez fait parler d’elle sur fond de pollution de l’air – elle vient de déposer, devant le tribunal administratif de Paris, le premier recours en indemnisation contre l’État pour carence fautive –, on annonce la tenue, le 14 juin prochain, du procès en correctionnelle du Pr Michel Aubier, poursuivi pour « faux témoignage sous serment ».

Michel Aubier est une pointure : chef du service de pneumologie-allergologie à l’hôpital Bichat de Paris, professeur à l’université Paris VII, membre de l’Unité INSERM U700 « Physiopathologie et épidémiologie de l’insuffisance respiratoire ». Bref, l’un de ces grands experts qu’on s’arrache entre journaux et télés. C’est donc fort logiquement qu’il est invité, en avril 2015, par la commission d’enquête du Sénat à s’exprimer sur « le coût économique et financier de la pollution de l’air ». Précisément, il est interrogé sur les dangers du diesel.

Comme toute personne auditionnée, Michel Aubier prête serment et affirme, droit dans ses souliers : « Je n’ai aucun lien d’intérêts avec les acteurs économiques » et, levant la main, jure de « dire toute la vérité ». Et sa vérité du moment, c’est que la pollution aux particules fines n’est, au fond, qu’une brise légère à nos narines. Un petit vent qui tout au plus chatouille mais ne saurait être responsable de tous les maux qu’on lui attribue.

Ses confrères allergologues ne partagent sans doute pas son avis puisqu’ils ont conseillé à Clotile Nonnez, évoquée plus haut, de fuir les pics de pollution de la capitale qui l’ont mise plusieurs fois déjà au seuil de la tombe : une dizaine d’hospitalisations pour « pneumonie, pneumopathie et autres problèmes respiratoires » depuis 2005, toutes consécutives aux pics de pollution prolongés. Raison pour laquelle elle entend, aujourd’hui, poursuivre l’État français afin d’« inciter les autorités à prendre des mesures drastiques contre la pollution ».

Michel Aubier, lui, a affirmé le contraire. Sous serment. Mais voilà, Michel Aubier est une sorte de Cahuzac de la médecine, car loin d’être éloigné des acteurs économiques, il partageait au contraire avec eux bien des intérêts. Notamment, comme le révélaient un an plus tard Libération et Le Canard enchaîné, un partenariat de longue date avec le pétrolier Total, qui lui versait de 50.000 à 60.000 euros par an en qualité de médecin-conseil depuis 1997. De plus, comme l’écrivait alors Le Monde, il détenait des actions du groupe pétrolier et participait régulièrement au conseil d’administration de sa fondation. Enfin, Michel Aubier était un partenaire du laboratoire Servier, et toujours membre du comité scientifique de l’Institut Servier au printemps 2016, n’ayant pas cru bon d’en démissionner après le scandale du Mediator…

Auditionné dans l’enquête préliminaire du parquet de Paris, le pneumologue a déclaré que son parjure était « un acte non intentionnel ». Un oubli, sans doute, à moins qu’il ne s’agisse d’une phobie de la vérité, comme Thomas Thévenou était victime de sa phobie administrative ?

Le Sénat n’a pas apprécié. L’affaire est devant la Justice. Pour s’être payé la tête des sénateurs et la nôtre, minimisant sciemment et sous serment des réalités attestées par tous ses confrères, l’éminent médecin risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. L’administration a pris les devants et l’a mis à la retraite.

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