Livres - 8 novembre 2018

Livre : Une bibliothèque idéale, par Anne-Laure Blanc, Valérie d’Aubigny, Hélène Fruchard

Que lire de 0 à 16 ans ? Guide à l’usage des familles, des écoles et des bibliothèques

Vous connaissez forcément ma bibliothécaire. Elle ressemble à (presque) toutes les bibliothécaires de France. Le physique de Juliette Gréco et la voix de Cécile Duflot. Une bague à chaque doigt, comme la petite Marie dans la chanson de Cabrel, sauf qu’elle s’appelle Danièle et qu’elle n’est pas petite ; elle serait même plutôt du genre grand cheval. Mais elle écoute sûrement Cabrel quand même.

Danièle adore son métier. Mais moi, elle ne m’adore pas. Enfin, pas tellement. Inutile de protester, je le sais, je le sens.

Il faut dire que je suis, dans sa section jeunesse, comme un adepte du bio dans un magasin « hard discount ». Circonspecte. Je lis les quatrièmes de couverture comme les compositions au-dessus des codes-barres et il y a des mots qui sonnent pour moi aussi mal que « huile de palme ». Je repose aussi sec.

Pire que méfiante, je suis vexante, je le reconnais. Elle qui se met en quatre toute la sainte journée pour trouver des nouveautés pour les enfants… les miens s’entêtent à lui demander des incunables : la série des Prince Éric, cent fois recollée au scotch de déménageur, et le tome 5 de La Petite Maison dans la prairie, dans lequel une fiche jaunie écrite à l’encre violette montre qu’il a été emprunté pour la dernière fois au siècle dernier par une certaine Estelle, qui doit être mère de famille depuis longtemps.

De temps en temps, Danièle tente de fourguer subrepticement aux plus jeunes l’un de ses « coups de cœur » : Lili veut être une star, Le Tonton de Max, Lili est en prison (!) et Ma grand-mère a un amoureux (là, franchement, on voit bien que Danièle connaît assez mal bonne-maman, qui n’est pas trop du genre à s’inscrire sur Tinder).

Comment expliquer à Danièle que mes enfants sont extrêmement ordinaires, voire légèrement arriérés, avec des préoccupations d’un banal… Eux, ce serait plutôt Juliette apprend à nager et Corentin ne veut pas ranger sa chambre.

Néanmoins, comme je suis bonne fille, je vais profiter des fêtes de fin d’année, comme elle dit, pour me rabibocher avec Danièle. Les petits cadeaux fortifiant l’amitié, je vais lui offrir Une bibliothèque idéale, que lire de 0 à 16 ans ? (Guide à l’usage des familles, des écoles et des bibliothèques), par Anne-Laure Blanc, Valérie d’Aubigny et Hélène Fruchard, aux Éditions Critérion-Fondation pour l’École. C’est un véritable travail de bénédictin auquel se sont livrés les auteurs pour trier le bon grain de l’ivraie dans la jungle de l’édition jeunesse, capable du pire et du meilleur. Par diverses entrées bien pensées – âge du lecteur, genre littéraire, « grands auteurs », « pour rire », etc. -, enseignants, parents, grands-parents trouveront à la fois de quoi « remettre en mémoire les textes les plus célèbres de notre patrimoine » et « donner leur chance à des auteurs moins connus et qui méritent d’être encouragés ». On y trouve même des avertissements bienvenus pour les naïfs néophytes que nous sommes : fuir, par exemple, certaines rééditions récentes de la Comtesse de Ségur, caviardées et mises au présent.

Un regret ? Ne pas y avoir retrouvé les charmants Contes de Noël de G. Lenotre – à lire chaque année à voix haute, bien serrés au coin du feu – ni la tordante collection des Bennett – traduite en français par les écrivains Vladimir Volkoff et Olivier Séchan (père du chanteur Renaud) – dont le petit héros éponyme, un collégien anglais imaginé par Anthony Buckeridge, vous initie, dès 10 ans, à l’humour pince-sans-rire anglais.

Mais comme le disent ses auteurs, « ce guide ne [prétend] pas à l’exhaustivité. Bien au contraire. [Il veut] juste aider les jeunes lecteurs à accéder aux trésors de la littérature qui, pour certains, les accompagneront intérieurement toute leur vie ».

Joyeux Noël, Danièle !

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