Editoriaux - Livres - Société - 6 avril 2018

Livre / La Tyrannie de la transparence par Pierre Le Vigan

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Qui mieux que Pierre Le Vigan pouvait parler de la transparence, cette obsession diaphane de la postmodernité, cet obscène petit déjeuner quotidien chez Tyrannie, elle-même hôtesse intransigeante et parangonne de tous les vices privés devenus vertus publiques ? Comme le dit son préfacier, Arnaud Guyot-Jeannin, Le Vigan est « un penseur organique épris de liberté ». En effet, quoi de plus antithétique de la liberté que la transparence qui abolit toutes les limites protectrices de la pudeur, de l’intime, du confidentiel sinon du secret au bénéfice indu du voyeurisme de l’homme par l’homme ?

La transparence est symptomatique des sociétés liquides que Zygmunt Bauman a si bien décrites. L’exigence autoritaire de « clarté » et de « lumière » s’accommode parfaitement avec l’eau, cet élément aussi insaisissable et limpide que l’est cette notion vague de transparence. À cette enseigne, Pierre Le Vigan est bien inspiré de l’associer à la méduse.

Avec la transparence se manifeste le spectacle éhonté de ses travers les plus inavouables à la vue de tous, urbi et orbi, sans se rendre compte que l’orgie de ses turpitudes n’est que l’étalage vulgaire et complaisant d’un monde avachi qui marche délibérément de travers.

Les pensées collectées et consignées par Pierre Le Vigan dans son petit opus sont, à bien des égards, des moyens puissants de renouer avec cette sphère de l’intime, ce « pour-soi » qu’est, par définition, la méditation. On renoue, sur les pas de ce pérégrin endurant, avec le silence de la raison réflexive et raisonnante, loin du tumulte des vagues d’une époque qui se complaît, par Dieu sait quel mystère, dans le miroir sans tain de sa vacuité narcissique.

Le Vigan estime, à bon droit, que « l’intime, pour exister, doit être soustrait aux regards et à la compétence sociale. […] C’est pourquoi la colonisation du monde commun tout comme celle du monde privé par la marchandise et le culte de la transparence tend à nous priver de l’intime. » Le dogme égalitaire des droits de l’homme déclaratoires contribue largement à cet arasement des singularités soliloques, à ces fermetures sans compensation des tribunaux du for interne. « En conséquence, relève Pierre Le Vigan, plus les hommes sont égaux en principe, plus se manifeste l’envie, la recherche du bien-être, l’hédonisme. L’obsession de soi désocialise. »

Ce faisant, notre marcheur au long cours confirme avec éclat le diagnostic démo-despotique posé avec une implacable lucidité par Tocqueville : « Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. […] Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. […] Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir » (De la démocratie en Amérique, 1835-1840).

C’est cela, la transparence. Mettre au jour ce que l’on ne veut plus occulter au regard des autres. Or, c’est bien le propre de l’enfance que de ne pas s’empêcher – comme aurait dit Albert Camus – et de livrer fièrement, tout à trac, le produit de ses élucubrations bucco-anales. Le polissage de l’éducation que vient étayer le contrefort marmoréen d’une civilisation immémoriale a, précisément, pour objet de tirer un rideau opaque sur ces exhibitions primitivistes, de les enfouir au-dedans de notre cerveau reptilien. C’est pourquoi, à l’injonction infantile de la transparence, doit répondre un impératif salutaire de désobéissance civique.

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