Culture - Editoriaux - Livres - Politique - Religion - Sciences - Table - 16 septembre 2017

Livre / Maurras pour les nuls

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Le livre s’intitule Petit dictionnaire maurrassien, et ce titre sonne comme une gageure.

Maurras, d’abord : s’il est un homme décrié et méconnu, c’est bien celui-là.

À Argenteuil, il y a quelques jours, Valérie Pécresse, a du reste déstocké du grenier l’épouvantail Maurras pour évoquer avec dégoût la droite dont elle ne veut (vraiment) pas.

Pour un étudiant de Sciences-Po moyen, le personnage tient à la fois du Yéti et de la bête du Gévaudan. La vérité est qu’il ne sait pas ce qu’est l’Action française mais il sait que c’est mal.

Quand j’était moi-même étudiante, les militants d’AF formaient une bande soudée, mais isolée : Dans les milieux d’extrême-gauche, ils passaient pour des fascistes. Ne valaient pas plus cher que le FN. C’est dire leur cote d’amour dans le petit cœur de ces antifas.
Dans les milieux de droite dure, dont on aurait pu les croire proches, on leur reprochait de choisir l’engagement intellectuel – jugé facile – plutôt que l’engagement électoral – réputé difficile. On les trouvait un peu poseurs, vaguement condescendants, écrasant l’homo etudiantus moyen des sentences de leurs maîtres à penser : un camelot du roi de mes connaissances – qui chantait toute la sainte journée « Vive Charles Maurras, Ma Mère ! »… Mais que venait donc faire sa pauvre maman dans cette affaire ?, me demandais-je, perplexe – affirmait qu’il ne pourrait construire une relation durable avec une fille qui n’aurait pas lu tout Jacques Bainville (on conviendra que dans la génération Hélène et les Garçons, cela réduisait le champ des possibles.)

Dans les milieux cathos, ils inspiraient la défiance. À cause de l’excommunication dont l’AF avait jadis fait l’objet – relire Les manants du Roi -, et de l’ambivalence de Charles Maurras à l’endroit de la religion, entre fascination, répulsion (« Le venin du Magnificat ») et, disait-on, instrumentalisation politique.

« Petit dictionnaire », ensuite : Il serait donc possible de balayer rapidement la « Maurrasphère », sur le mode d’un abécédaire, de s’imprégner de sa philosophie et de faire le tour de ses concepts, quand tous – amis et ennemis – s’accordent à reconnaître aux militants d’Action française une formation intellectuelle et une culture hors du commun, qui ne peuvent s’acquérir qu’au prix de longues lectures aux titres n’évoquant guère le roman de plage : L’Avenir de l’intelligence, La Balance intérieure

Stéphane Blanchonnet a réussi tout cela. Ce professeur agrégé de Lettres modernes qui enseigne dans un lycée lyonnais a relevé ce pari de brosser, avec une limpidité didactique et des conseils de lecture progressifs qui font dire que ses élèves sont de grands chanceux, un rapide tableau de la pensée maurrassienne, passant aussi en revue ses compagnons de route, – Bainville, Boutang, Daudet, Bernanos…, figures tutélaires de l’AF qui ont toutes apporté une pierre originale à l’édifice, qu’elles n’y aient fait qu’un passage, prenant ensuite leurs distances, ou qu’elles y soient restées fidèles -, ses clés d’analyse qui n’ont pas pris une ride – pays légal et pays réel, décentralisation, politique naturelle, etc. – mais aussi ses zones d’ombre et ses limites dans la France d’aujourd’hui. Car Stéphane Blanchonnet, tout éminent cadre du mouvement maurrassien qu’il soit, réfute « la tentation hagiographique », « Maurras [n’étant] pas l’alpha et l’omega de la pensée », et parce qu’il y a aujourd’hui « des problèmes et des enjeux nouveaux » qui changent sensiblement la donne.

Par son Petit dictionnaire maurrassien, Stéphane Blanchonnet aura réussi cette prouesse de dédramatiser Charles Maurras, le faisant descendre tantôt de son noir bûcher, tantôt de son pieux piédestal par une vision juste, fine étayée, apaisée, du personnage et de son rayonnement.

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