Livre

L'Age d'Or du Maurrassisme

de Jacques Paugam

Docteur en droit, journaliste et essayiste
 

En dépit de la présence parasitaire d’esprits chagrins ou de censeurs obtus pour ostraciser des opinions et auteurs qui n’ont pas l’heur de rentrer dans leur taxinomie idéologique, nous ne bouderons pas notre plaisir en saisissant l’occasion de rééditions opportunes pour redécouvrir et faire connaître Charles Maurras, théoricien du conservatisme à la française.

Ainsi saura-t-on gré à l’éditeur Pierre-Guillaume de Roux, jamais avare d’excellentes surprises éditoriales – ce dont il semble s’être fait une heureuse spécialité –, d’avoir exhumé L’Âge d’or du maurrassisme, de cet homme de médias, gaulliste patenté, que fut Jacques Paugam. Préfacé par le directeur du Figaro Histoire, Michel De Jaeghere, cet ouvrage de 400 pages est tiré d’une thèse de doctorat en science politique, publiée par les Éditions Denoël en 1971, agrémentée alors d’une préface du grand universitaire Jean-Jacques Chevallier (conservée dans la nouvelle édition).

L’on se gardera, néanmoins, de considérer cette somme plutôt dense – quoiqu’incomplète, nous allons y revenir – comme la porte d’entrée décisive dans l’œuvre et la pensée du Martégal. On lui préférera Un autre Maurras, de Gérard Leclerc, hélas depuis longtemps épuisé et qui mériterait amplement, lui aussi, d’être sorti de l’oubli en ce cent-cinquantième anniversaire de la naissance du vieux maître.

Sur le plan formel, l’essai, se découpe en quatre grandes parties couvrant les huit années, de 1899 (date de la création de la revue de l’Action française, familièrement dénommée la « petite revue grise ») à 1908 (année du lancement du quotidien), « grande époque de création doctrinale », durant laquelle « l’Action française connaît un âge d’or parce qu’elle n’a pas encore une assez large dimension pour être obligée de faire des choix décisifs ». En d’autres termes, la thèse de Paugam est que l’Action française eût dû demeurer une école de réflexion politique et non s’abîmer, comme elle le fera par la suite, dans une praxis qui la dépassera et dont elle aura cruellement sous-estimé les conséquences déflagratrices ; un comble pour celui qui écrivait, en 1918, qu’« il faut s’attendre à tout en politique, où tout est permis, sauf de se laisser surprendre ».

Cet « âge d’or » embrasse alors des œuvres comme L’Enquête sur la monarchie (1900), Anthinéa (1901), Les Amants de Venise – George Sand et Alfred de Musset (1902), L’Avenir de l’intelligence (1905), Kiel et Tanger, (1895-1905), La République française devant l’Europe (écrit en 1905 mais édité en 1910), Le Dilemme de Marc Sangnier, Essai sur la démocratie religieuse (1906), que Paugam estime, dès lors, suffisamment substantielles pour soutenir un maurrassisme quintessentiel. Ce faisant, il ignore à dessein des textes comme sa sublime Politique naturelle (1937) au sujet de laquelle De Jaeghere écrit magnifiquement que « pour n’avoir pas appartenu à “l’âge d’or” […], ces feuilles d’automne ont conservé la fraîcheur d’un éternel printemps ».

Mais en fait d’« âge d’or », le livre de Paugam retrace davantage avec minutie ce que l’on pourrait appeler la « fabrique » de l’Action française, de son césarisme nationaliste anti-tercero-républicain à la conversion de ses membres (Henri Vaugeois, Maurice Pujo, Jacques Bainville…) au royalisme de Maurras. Fille du scientisme de son époque – et, en cela, volens nolens, petite-fille des Lumières –, l’Action française originellement républicaine, opérera, sous le magistère influent de Maurras, le choix définitif pour un régime fondé empiriquement en raison.

Toutefois, par-delà la défense passionnée de cette institution naturelle de la France, Maurras apparaîtra surtout comme « le philosophe […] d’un art du politique », observe Paugam, qui souligne l’actualité d’une pensée résidant « dans une définition normative de l’attitude politique ».

En cela, son royalisme sera aussi nécessaire et contingent que, dérisoire et dispensable, son antisémitisme auquel une coterie ignare et malveillante s’obstine à le ravaler inconsidérément.

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