Editoriaux - Livres - 25 décembre 2018

Livre : La Crise de Jupiter, d’Ignace

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En France, le dessin de presse est une tradition à peu près aussi vieille que… la presse. Avec ses grands anciens et ses nouveaux maîtres. Ignace est désormais à placer au rang de ces derniers.

Voilà plus de vingt ans que cet homme à la mine toujours un peu lunaire, au sourire éternellement jovial, officie dans les journaux les plus divers, avec une nette prédilection pour les publications dissidentes. Sur papier, sur Internet, aussi, et à la télévision encore, où il joue le chœur antique, crayons en mains, au « Bistro Libertés » animé avec une belle et bonne humeur par Martial Bild, sur la chaîne TV Libertés. On notera qu’à l’époque du « Droit de réponse » de Michel Polac, modèle revendiqué de cette émission, il fallait quatre dessinateurs pour faire ce qu’Ignace accomplit tout seul comme un grand. Cet homme a décidément tous les talents.

Après, cette question cruciale : Ignace est-il de droite ? Sûrement. Enfin, d’une droite à lui, quelque part entre fleur de lys et croix celtique, Jacob et Delafon, sabre et goupillon, fromage et dessert. Bref, si Dieu et le roi sont de droite, Ignace doit l’être un peu aussi ; même si, hormis la France, il ne connaît manifestement qu’une seule patrie : celle de la poilade. Histoire d’aggraver son cas, ce catholique fervent est doublé d’un libre-penseur. L’un de ses modèles ? Gotlib, celui des « Dingodossiers », des « Rubriques-à-brac » et de « Hamster jovial » ; pas exactement le portrait-robot de la punaise de sacristie.

En ce sens, Ignace est de la trempe d’autres de ses aînés, pas vraiment de gauche, mais persistant à faire preuve d’une ouverture d’esprit de plus en plus rare en nos contrées : Pinatel, Chard, Konk, Aramis, Miège, eux aussi admirateurs d’autres artistes ne fréquentant pas forcément les mêmes chapelles : Cabu, Wolinski et autres Vuillemin. Si le dessin de presse, on l’a vu, est une tradition française, le refus du sectarisme et le goût de la déconne en sont deux autres. D’ailleurs, contrairement aux idées reçues, Ignace n’écoute pas que des chants grégoriens. Il kiffe Queen et Metallica tout aussi grave.

Dans ce copieux ouvrage (six à huit dessins par page sur près de deux cents pages, on en a pour son argent), voilà donc toute la récente actualité nationale et internationale qui défile. Un bon dessin vaut souvent mieux qu’un bon papier, dit-on. Avec lui, jamais l’adage n’aura été aussi fondé. Déjà, Ignace est un dessinateur remarquable et un caricaturiste hors pair. Mais il a également le don de synthétiser un concept complexe en quelques mots ; bons mots, évidemment, drôles avec des morceaux d’humour rigolo dedans. Et qui font sens, tant qu’à faire. Exemple ? Édouard Philippe sur la limitation à 80 km/h sur les nationales : « C’est bon pour la sécurité rentière ! » Tout est dit et bien dit. Ne cherchez pas, c’est du Ignace. Un petit nom charmant, pour paraphraser la chanson. Et le meilleur des camarades, soit dit en passant.

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