Editoriaux - Histoire - Livres - Table - 1 juillet 2018

Livre / Frédéric Le Moal, Histoire du fascisme

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Les Éditions Perrin ont publié récemment une Histoire du fascisme dont l’auteur, Frédéric Le Moal, docteur en histoire et professeur au lycée militaire de Saint-Cyr, est un spécialiste de l’histoire de l’Italie du XXe siècle.

L’auteur met en évidence les racines jacobines de la pensée du Duce, lequel fut d’abord un socialiste radical qui, après avoir fait beaucoup de concessions à la bourgeoisie, à l’Église et au roi, revint à ses origines révolutionnaires, socialistes et jacobines à compter de 1943 (création de la République sociale italienne, dite République de Salò). Frédéric Le Moal écrit :

Bolchevisme et fascisme naquirent tous les deux à l’extrême gauche du socialisme officiel. Mais si le premier demeura fidèle à l’analyse scientifique et matérialiste de Marx, le second le fut aux idéaux socialistes jacobins introduits en Italie par le Risorgimento mazzinien. Certes, il devenait le premier mouvement à combattre le communisme mais il le faisait d’un point de vue non réactionnaire, tandis que Mussolini se positionnait d’une manière alternative et concurrentielle à Lénine et non antinomique.

Le fascisme fut un syncrétisme construit à partir d’éléments aussi divers que l’idéologie socialiste la plus radicale, la philosophie de Nietszche, le nationalisme mazzinien (en partie remplacé par une forme « völkisch » et antisémite du nationalisme à partir de 1938), l’idéologie jacobine et le darwinisme appliqué à la concurrence entre les peuples. Comme le régime nazi, le régime fasciste entretint des liens étroits avec certains représentants importants de l’islam arabe (le grand mufti de Jérusalem par exemple) et affirma sa solidarité avec le monde musulman dont il se voulut le protecteur ! (Simultanément, Mussolini et la plupart de ses amis étaient très hostiles au christianisme ; ce positionnement antichrétien et islamophile est toujours très présent à l’extrême gauche d’une part, dans les milieux antisionistes d’autre part.)

L’idéologie fasciste était une idéologie de la table rase qui visait à la création d’un homme nouveau, comme le fut l’idéologie de la Révolution française à laquelle se référait très fréquemment Mussolini (le 27 juin 1944, il appela par exemple ses troupes à éradiquer la « Vendée » concentrée dans le Piémont). Les fascistes, comme les révolutionnaires français, bolcheviks, chinois… n’aboutirent à rien dans ce domaine et il n’y eut pas plus de changement anthropologique en Italie qu’il n’y en eut en France, en Allemagne ou en Union soviétique. Notons que les fascistes envisagèrent la disparition de la famille et l’adoption des enfants par l’État (Jean-Jacques Rousseau se félicitait d’avoir abandonné ses enfants aux Enfants-Trouvés) ! Le fascisme était tout sauf conservateur, contrairement à ce qu’affirment fréquemment les publicistes de gauche.

Le fascisme fut un totalitarisme qui visait à intégrer tous les Italiens dans l’État et à faire disparaître totalement la sphère privée. Par ailleurs, si le gouvernement fasciste utilisa la violence de façon beaucoup plus limitée que les régimes soviétique et nazi jusqu’en 1943, sa violence contenue jusqu’alors se déchaîna à partir de la création de la « République de Salò ». Cette violence de la dernière heure, permise par l’affranchissement des fascistes vis-à-vis du roi, de l’Église et des élites bourgeoises, permet sans doute de dire que le fascisme était tout aussi intrinsèquement criminel que les deux autres totalitarismes du XXe siècle.

Depuis la disparition du MSI (Mouvement social italien), qui fut créé par des partisans de la République sociale italienne de Salò, le dernier carré des nostalgiques du régime fasciste a créé un curieux mouvement, « CasaPound », dont le nom fait référence à Ezra Pound, l’écrivain américain qui devint un apologiste du fascisme entre 1930 et 1945. Ce mouvement a été présent lors des dernières élections italiennes et a recueilli 1 % des voix environ ; le fascisme est désormais groupusculaire en Italie (le MSI recueillait plus de 10 % des voix lors des élections générales au début des années 1970).

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