Livre

Conservateurs, soyez fiers !

de Guillaume Perrault

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

Il faut se procurer sans délai le dernier essai de Guillaume Perrault, Conservateurs, soyez fiers !

Tout d’abord parce qu’il est plaisant à lire : d’une plume vive, l’auteur, journaliste au Figaro, égraine les anecdotes. Hommage est rendu, au détour d’un chapitre, à Alain Decaux… cela ne surprend guère.

Ces anecdotes ne sont cependant pas là pour instruire ni divertir mais pour convaincre et étayer. Car la gageure est culottée : rendre justice aux conservateurs. En France, saperlipopette, il fallait oser ! « Rien de tel dans les pays anglo-saxons », rappelle Guillaume Perrault : en Grande-Bretagne, « les Tories […] sont fiers de s’appeler ainsi ». Aux États-Unis, « le conservatisme représente une famille de pensée sûre de ses lettres de noblesse et qui a pignon sur rue ». Mais chez nous, le conservateur, comme sorti du Cabinet des Antiques, sent la naphtaline et l’encaustique. Dans l’imaginaire collectif, il tient du bigot nanti et de la douairière victorienne. On veut bien être à la rigueur réac – il y a du mouvement, du romantisme, de la fronde – ou, mieux, « néo-réac », qui vous repeint tout cela de jeunisme. Mais conservateur…

Et pourtant, quoi de plus précieux, en ces temps troublés où l’on sent le toit de la maison s’effondrer, les murs se fissurer, le sol se dérober, que le serviteur fidèle qui serre précautionneusement, avec des tendresses de mère, les biens de la famille ? Le conservateur est respectueux – il veut « préserver et transmettre », « c’est un scrupuleux et un esprit religieux », il est reconnaissant – « [regardant] avec amour l’héritage qu’[il] a reçu en dépôt, [appréciant] sa valeur » -, il est humble et a le sens du devoir – « se considère comme un débiteur qui doit honorer ses obligations », il est avisé, se méfiant avec sagesse de ceux qui veulent tout renverser, il est pragmatique – préférant l’empirique à l’utopique et l’idéologique… toutes qualités honnies aujourd’hui par ces « soixante-huitards qui avaient bénéficié d’une éducation soignée et ont attaqué et déraciné la tradition qui les avait nourris ».

Ensuite, parce qu’il fait œuvre de vérité : Guillaume Perrault entend rendre aux conservateurs leur honneur, « l’allure et le panache qui leur appartiennent » et, par là, leur pugnacité. Ils ont été « la cible d’un tel déchaînement de mensonges qu’ils ont fini par les croire » : reprenant un à un tous ces jalons de notre histoire – Révolution, affaire Dreyfus, Front populaire, Résistance, colonisation – que l’on a mythifiés en nous mystifiant, Guillaume Perrault montre finement comment la gauche a tordu le bras aux faits, déplaçant le projecteur pour se donner le beau rôle quand, dans l’ombre, le conservateur agissait.

Parce que, surtout, il bat en brèche les idées reçues qui obscurcissent l’analyse politique.

Non, le conservateur ne promeut pas l’ultralibéralisme, qui a de commun avec le marxisme – mais oui ! – « la foi dans le mouvement, l’imaginaire du progrès ». Non, le conservateur n’est pas en costume trois-pièces désuet : pour aspirer à conserver, il faut posséder. Mais l’héritage n’est pas qu’une affaire notariale bourgeoise. Et l’inquiétude culturelle qui habite, aujourd’hui, la France périphérique montre qu’elle aussi veut transmettre son patrimoine impalpable. Son identité, son enracinement sont ses seuls biens et elle y tient.

« Oui, le peuple est conservateur ! » Et imaginez que, cessant d’en avoir honte, il relève soudain la tête. Jusqu’à croiser le regard de l’autre France conservatrice, celle qui a initié LMPT, non pas pour que toutes deux se toisent en chien de faïence, mais se découvrent des aspirations communes et retroussent ensemble les manches. Alors on pourra dire, en écho à Guillaume Perrault : conservateurs, soyez fiers ! Car l’avenir vous appartient.

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