Livre

A.D.G

de Thierry Bouclier

Docteur en droit, journaliste et essayiste
 

Qui, mieux qu’un avocat à la cour, pouvait s’attaquer à une biographie littéraire et intellectuelle de feu l’ami A.D.G., attendu que figure parmi la pléiade de personnages que ce dernier a inventés un certain Maître Pascal Delcroix, « avocat monarchiste », protagoniste principal de Pour venger pépère, que l’on retrouve également, flanqué de son indéfectible et insortable compère Sergueï Djerbitskine alias Machin (très inspiré de son ami Serge de Beketch, cofondateur de Radio Courtoisie), dans Balles nègres, On n’est pas des chiens, Joujoux sur le caillou, Les Billets nickelés et J’ai déjà donné.

L’on saura gré, donc, à Maître Thierry Bouclier, avocat bordelais, déjà auteur d’une biographie, devenue une référence, sur Tixier-Vignancour (Rémi Perrin, 2003) comme d’une enquête charpentée sur La France au risque de l’islam (Via Romana, 2012), d’avoir enrichi l’incontournable collection « Qui Suis-Je ? » des Éditions Pardès, d’un A.D.G. qui ravira les inconditionnels et autres aficionados de l’auteur du Grand Sud.

Né le 19 décembre 1947 à Tours, de son vrai patronyme Alain Fournier, A.D.G. n’aura de cesse de se départir de l’encombrant auteur (en dépit d’un seul et unique roman) du Grand Meaulnes, Thierry Bouclier soulignant que « sans cette homonymie […] il n’aurait pas nécessairement été contraint d’écrire sous un pseudonyme. Et il n’aurait pas écrit Le Grand Môme, paru en 1977, en guise de règlement de comptes avec celui l’ayant conduit à dissimuler son identité. » D’où le choix des initiales A.D.G. (pour Alain Dreux-Gallou, pseudonyme qui ne signifie rien) devenues, au fil des œuvres et du temps, une marque de fabrique, une sorte d’AOC littéraire, « des lettres mystérieuses qui lui permettront de lancer de multiples interprétations. D’Alain de Gaulle à Alphonse de Gâteaubriant ».

Avant d’être un des piliers de la « Série noire » des années 1970-1980, A.D.G., simple titulaire d’un BEPC, exercera tour à tour (Tours à Tours) mille petits métiers : commis de cuisine, employé de banque, bouquiniste, brocanteur, pigiste, etc., avant que d’être enrôlé dans l’improbable et éphémère Jeune Force poétique française du pamphlétaire dextero-anarchiste tourangeau Michel-Georges Berthe, dit Micberth.

À 23 ans, A.D.G. publie en 1971 son premier roman noir, La Divine Surprise, dont le titre est un clin d’œil à la célèbre formule de Maurras saluant l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain. Par ce premier roman, le futur journaliste de Minute (qui tirait alors jusqu’à 150.000 exemplaires !) et de Rivarol (qui accueillait jadis des plumes aussi brillantes que celles de Blondin, Déon, Saint-Loup, Rebatet…) plante le décor intellectuel d’une carrière potache et buissonnière bâtie sous les auspices extrême droitiers d’une tradition politico-littéraire tout en style et en verve empruntant à Céline, Simonin, Boudard, Mallet et Audiard. S’il n’en sera pas toujours de même sur les quelque vingt-cinq romans qu’il écrira, ses huit premiers romans jusqu’à Notre frère qui êtes odieux « se caractérisent tous par un recours à l’argot allant crescendo. La langue verte est omniprésente. Les calembours [bons] et les jeux de mots [laids] se succèdent », sans oublier ses célèbres gallicismes (ouiquende [week-end], ouisquie [whisky], achélème [HLM]).

Avec son rival d’extrême gauche Jean-Patrick Manchette, A.D.G. révolutionna le roman policier français. Comme le relevait Dominique Venner, « fini les truands corses et les durs de Pigalle. Fini le code de l’honneur à la Gabin. Avec eux, le roman noir se projetait dans les tortueux méandres de la nouvelle République. L’un traitait son affaire sur le mode ténébreux, et l’autre dans un registre ironique. Impossible après eux d’écrire comme avant » (Le Spectacle du monde, décembre 2011).

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