L’islam en France peut-il être éclairé quand l’islam historique ne l’est pas ?

Alors que débute le ramadan, le journal L’Opinion du 15 mai consacre un article au projet du gouvernement pour organiser le culte musulman. Emmanuel Macron devrait prochainement dévoiler ses intentions.

Le financement du culte serait une priorité : il concerne aussi bien la formation et la rémunération des imams que la construction de lieux de prière.

Pas question, pour l’État, d’y participer, en vertu de la loi de 1905. Pas question, non plus, de laisser l’Algérie, le Maroc ou l’Arabie saoudite continuer d’apporter leur contribution et de s’immiscer ainsi directement dans l’organisation de l’islam en France. D’autant plus que l’opacité financière semble de mise. Apparemment, les dirigeants des mosquées ne souhaitent pas que l’administration mette trop le nez dans leurs affaires.

Pour pallier cette situation anormale, on songerait, en haut lieu, à créer une association indépendante de financement qui lèverait des fonds sur les pèlerinages ou les produits halal. À condition, toutefois, que les magasins de grande distribution, les boucheries halal et les agences organisant des pèlerinages à La Mecque acceptent de prélever une sorte de TVA supplémentaire. Les dons des fidèles pourraient aussi alimenter cette caisse.

Autre question – et de taille : qui, en France, pour parler au nom des musulmans ? Le Conseil français du culte musulman (CFCM) n’est pas représentatif. De plus, il est en proie à des querelles d’ego et des dissensions internes. Le 20 juin 2017, participant au dîner de rupture du jeûne du ramadan avec le CFCM, notre Président avait fait l’éloge de son attitude devant les attentats, mais avait précisé qu’il ne portait pas la « voix unique de l’islam en France », évoquant « une pluralité et une polyphonie à laquelle il faut savoir faire toute sa place ».

Pour tenir compte de cette diversité, on envisagerait, entre autres hypothèses, la création d’un « collectif », une sorte d’émanation de la société civile. Mais le contournement du CFCM, s’il permettrait de relâcher l’étreinte de pays étrangers sur le culte musulman, serait un pas de plus dans la reconnaissance de l’islam comme religion française à part entière.

Or, tout le problème est là. Certes, nous connaissons tous des Français de confession musulmane qui pratiquent leur religion sans tomber dans les excès des intégristes salafistes ou autres. Une grande partie d’entre eux respectent les lois de la République. Mais peut-on, sans imprudence, considérer l’islam comme une religion ordinaire ? Reconnaîtra-t-il, par exemple, le droit de changer de religion, qu’il a toujours condamné ? Se détournera-t-il officiellement des courants rigoristes qui sont en pleine expansion ?

Rendre transparent le financement des mosquées, surveiller la formation des imams, chercher à avoir des interlocuteurs représentatifs, tout cela relève sans doute de bonnes intentions. Mais rien ne pourra être efficace sans un aggiornamento de la religion musulmane qui la rende compatible avec le monde contemporain. Cette mise à jour est-elle seulement possible ? Tant qu’elle ne rendra pas à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César, elle n’en prendra pas le chemin.

Il paraît que notre Président réfléchit. Il consulte, mais n’a confiance qu’en lui-même et veut se faire, sur ce sujet, sa propre religion. On peut douter qu’il annonce des mesures propres à favoriser l’instauration d’un islam éclairé, lui qui fréquente sans scrupule des pays où l’on pratique un islam pour le moins conservateur.

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