L’Iran d’hier, d’aujourd’hui et de demain

Donald Trump vient de dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien et annonce qu’il va « réinstaurer les sanctions économiques au plus haut niveau ». Il n’est pas question, ici, de critiquer cette décision qui fait bondir l’ex-président Barack Obama et le Président français Emmanuel Macron. Les subtilités d’une telle position géostratégique – et son analyse – sont du domaine des experts en politique internationale. Il n’est pas question, non plus, de revenir sur les possibles enjeux nucléaires ou ceux d’une mainmise occidentale sur telle ou telle richesse pétrolière : ici encore, cela reste du domaine des spécialistes.

L’Iran, situé au cœur du Moyen-Orient, est devenu aujourd’hui une « mollarchie » schizophrénique – officiellement une république islamique – entre une théocratie d’un autre âge et une modernité héritée de la dynastie Pahlavi, dernière dynastie ayant régné sur l’Iran entre 1925 et 1979. Un demi-siècle de progrès qui permit à ce pays de devenir un acteur moderne incontournable au Moyen-Orient. Le chah d’Iran avait doté son pays d’institutions démocratiques, d’un outil industriel performant et d’une agriculture en voie de modernisation. Sous son règne, les femmes iraniennes avaient interdiction de porter le voile et les hommes l’obligation d’être vêtus d’habits occidentaux.

Aujourd’hui, la population de l’Iran – plus de quatre-vingts millions d’habitants – est majoritairement jeune. Elle n’a pas connu l’autre vie, celle de leurs parents, seulement les difficultés quotidiennes d’un décalage très important entre le monde moderne extérieur et l’archaïsme sociétal de son pays. Après plus de trente-cinq ans de dictature religieuse, cette jeune population aspire à la liberté et le mouvement récent des femmes qui retirent leur foulard en public – associé à une fronde grandissante de l’ensemble de la population pour protester contre la vie chère – prend de l’ampleur, malgré les nombreuses arrestations opérées par le régime des vieux mollahs.

On peut, dès lors, raisonnablement se demander si – pour une fois – les dirigeants américains, emmenés par Donald Trump, et peut-être avec l’aval de la Russie et d’Israël, ne font pas le bon choix stratégique pour donner à l’Iran la possibilité de renverser ce gouvernement de vieillards religieux et redonner l’espoir, à la population, de revenir dans le giron des pays civilisés. La stratégie des Américains vise peut-être – en refermant la porte ouverte grâce à l’accord sur le nucléaire iranien – à étouffer le pays de telle sorte que la population fera le travail de l’intérieur, contrairement à ce qui s’est passé en Irak et en Libye, et à ce qui a été tenté en Syrie (sans succès, il faut le souligner).

Nous assistons peut-être, aujourd’hui, aux premières avancées d’un mouvement inverse à celui de 1979, quand Khomeini, grandement aidé par la France, renversait le pouvoir du chah pour instaurer, avec l’aide de l’Occident, une dictature religieuse beaucoup plus liberticide pour la population iranienne moderne que la main de fer qui tenait alors fermement à l’écart les tenants d’une théocratie d’un autre âge.

Donald Trump, malgré les critiques incessantes du « camp du bien universel », vient peut-être – contre toute attente – d’initier un coup de maître qui pourrait faire de l’Iran, revenu à moyen terme dans le giron occidental, un atout géostratégique majeur dans le jeu des influences au Moyen-Orient.

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