La Barbie des barbus

L’icône américaine Barbie officiellement voilée par Mattel… quel symbole !

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

Le groupe Mattel vient de sortir la première Barbie portant hijab. Pour éteindre dans l’œuf toute polémique, il est précisé que celle-ci est inspirée de la championne Ibtihaj Muhammad, la première athlète voilée à avoir représenté les États-Unis (aux Jeux olympiques de Rio en 2016.) Une championne sportive ne peut être qu’un symbole de libération de la femme. Une femme en hijab est donc potentiellement une femme libérée. Fermez le ban.

Anecdotique, dites-vous ? Pas sûr.

Voiler Barbie, c’est voiler THE icône américaine. Et pourquoi pas, non plus, la statue de la Liberté ? Même si l’entreprise est en perte de vitesse, 92 % des Américaines ont eu une Barbie entre l’âge de 3 et 12 ans (Times International). Barbie – diminutif de Barbara, fille du fondateur de Mattel – a pénétré dans tous les foyers. En Europe, aussi. Quand j’étais à l’école primaire, une fille sans Barbie était comme une maison sans télévision : une anomalie suspecte.

C’est bien parce que Barbie est un enjeu, parce qu’elle symbolise pour la fillette LA femme, parce qu’elle envahit son imaginaire, parce qu’en lui servant de jouet, elle prête son apparence à l’enfant pour que celle-ci se projette dans sa vie d’adulte, que la Barbie a été au cœur de tant de polémiques féministes. Une Barbie n’est pas « extérieure » comme un poupon, elle n’est pas le bébé de la fillette, elle est la fillette elle-même.

Barbie, depuis son origine, a toujours été une femme de son temps. Enfin, une caricature de femme de son temps. Car un jouet d’imitation doit forcer le trait pour être reconnu. La poupée née dans les Trente Glorieuses, avec son nez court, sa bouche en cœur, ses cheveux blonds crêpés, son décolleté pigeonnant, sa taille exagérément fine, ses jambes vertigineusement fuselées ressemble à Tippi Hedren dans Pas de printemps pour Marnie. Si cette Barbie eut, une fois ou l’autre, la tête couverte, c’était à la façon Grace Kelly, d’un carré Hermès, pour ne pas se décoiffer dans le cabriolet.

Puis on eut droit à Barbie Carrie Bradshaw dans Sex and the City. Toujours la même plastique incendiaire, mais en version moins guindée, et c’est un euphémisme : les escarpins sont devenus cuissardes, les jupes ont rétréci jusqu’à ne plus être que timbres-poste, infiniment compliquées à enfiler sur le plastique mou pour des doigts de fillette. Dans la boîte, on pouvait trouver (entre autres accessoires) le caniche, le roller et parfois un Ken falot.

Est venue ensuite, collant aux évolutions de la société, la diversité, tant dans la couleur de peau, la texture des cheveux, la morphologie que dans les styles de métier. Il ne s’agissait pas de cantonner Barbie à celui d’infirmière, d’institutrice, de princesse ou d’hôtesse de l’air. Même si – les petites filles étant incorrigibles – les Barbie cosmonautes se retrouvent souvent avec une étiquette rouge dans les bacs de soldes après Noël.

Barbie change, la réalité demeure : les fillettes veulent s’identifier. Je coupais, quant à moi, au ciseau à ongles les tignasses trop blondes et bouclées des Barbie pour leur donner un peu de chic français, et écartais les Ken à costume brillant façon chanteur d’ABBA – qui me semblaient faire des maris bien peu fiables – pour chercher dans les caisses de jouets de garçon des G.I. Joe plus virils. Le problème résidait évidemment, parfois, dans les palmes inamovibles, qui nuisaient passablement à la solennité du mariage. Mais, comme dirait Osgood, nobody’s perfect.

Il est évident que les petites filles du Moyen-Orient, évoluant dans un univers de femmes voilées, n’avaient pas besoin d’une « Barbie à Hijab » pour en faire une à leur main, comme moi, enfant, à la mienne. Que cherche donc Mattel par ce tonitruant nouveau modèle ? Flatter un marché à conquérir ? Suivre l’évolution de la société ? La devancer ? L’influencer ?

Au delà des intentions, il y a les faits, qu’on lira peut-être un jour à l’aune de l’Histoire : en 2017 est apparue la première Barbie voilée.

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