Editoriaux - Politique - 20 novembre 2015

Pourquoi l’horreur de janvier n’a-t-elle pas permis les tournants salutaires mais tardifs de novembre ?

Tout a été dit sur le coupable retard du pouvoir à mesurer la gravité de l’agression islamiste contre la France, notamment après les attentats de janvier. Il aura fallu ce terrible vendredi 13 novembre pour qu’enfin le président Hollande décide l’état d’urgence.

Les raisons de ce retard sont diverses : manque de vision et de courage, réticence de la gauche à employer un langage et des moyens de guerre, préférence pour une unité nationale factice à des mesures plus clivantes, relégation de la question terroriste derrière des thèmes politiquement plus porteurs comme l’économie avec les lois Macron, l’écologie avec la COP21, avec évidemment en ligne de mire l’avenir politique de M. Hollande et des siens.

Par nature et par calcul, M. Hollande, qui s’était présenté en 2012 comme un Président « normal », avait bel et bien choisi la stratégie de la « normalisation ». Peu après le 7 janvier, il déambulait dans les rues de Tulle, incitant les habitants à sortir et à consommer. Et vendredi dernier, il assistait à un match au Stade de France, avant que cette nouvelle attaque islamiste ne sonne le glas de cette stratégie dans laquelle il s’est fourvoyé.

Pourtant, en janvier, le choc et l’émotion furent immenses, et l’opinion était prête à entendre les mots et les exigences de cette guerre. Et l’horreur de janvier aurait dû entraîner les décisions prises en novembre.

Sauf que cette « horreur » fut rapidement évacuée. Très vite, l’émotion suscitée par l’attaque contre Charlie Hebdo entraîna le phénomène « Je suis Charlie » et les Français, sonnés, descendaient dans les rues. Mais où étaient les morts, horriblement assassinés ? Ils étaient recouverts de millions d’autocollants « Je suis Charlie », de millions d’exemplaires du journal, noyés dans l’esprit du 11 janvier. Ce qui était visé, ce n’était plus eux, ces individus en chair et en os, ou la France, c’était, souvenez-vous, la liberté d’expression. On savait bien qu’il y avait des policiers et les victimes de l’Hyper Cacher, mais les principales victimes, c’était bien les Charlie. Des individus, certes, comme ceux du 13 novembre, mais des célébrités, des icônes, toutes ramenées à cette abstraction – Charlie. L’emballement émotionnel et communicationnel, qui se voulait – dans ce qu’il avait de meilleur – une réponse (bien candide) aux terroristes, avait malheureusement recouvert l’horreur des assassinats.

En janvier, il n’y avait pas eu ces récits, forts et terribles, des rescapés du Bataclan et de sa « fosse pleine de sang » ; Cabu pouvait bien faire figure de « grand frère », mais pas comme ces anonymes des terrasses et du Bataclan qui, eux, sont vraiment nos frères, nos enfants, nos cousins, nos collègues.

Le drame des morts de janvier, c’est qu’ils ont été trop vite drapés dans le linceul de l’abstraction, ce qui a poussé une partie de l’opinion et notre Président, que cela arrangeait bien, à ne pas se saisir vraiment de la question islamiste.

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