Editoriaux - Justice - 10 février 2019

L’exécution

La peine capitale est seulement abolie pour les criminels ; les citoyens ordinaires ont droit à d’autres châtiments définitifs : l’exécution professionnelle, rebaptisée « sanction disciplinaire », en fait partie. À cet égard, le cas de Jean-Luc Coronel de Boissezon est exemplaire : ce professeur d’histoire du droit à la faculté de droit de Montpellier vient d’être condamné à la révocation et à l’interdiction définitive d’exercer tout métier dans un établissement public. Quel crime doit-on commettre pour que son cou soit glissé dans cette guillotine ?

Il y a un an, en mars 2018, un groupe s’introduisait dans la faculté de droit de Montpellier ; ces hommes d’ultra-gauche, souvent syndicalistes, mais tous extérieurs à cette faculté, et pour certains même à l’université, prennent le prétexte d’une réunion de débat, dont la tenue a été imprudemment accordée, pour décider d’occuper un amphithéâtre et, plus largement, de « bloquer », illégalement, et illégitimement, la faculté. On trouve, parmi ces militants, un certain Jules Panetier, qui, après avoir passé six semaines en prison en 2016, signait une tribune dans le journal gauchiste Révolution permanente où il concluait très explicitement « Feu aux prisons ».

Des squatteurs et des groupes d’extrême gauche de Montpellier rejoignent, bientôt, cette occupation illégale, et la violence hystérique commence : on s’approprie le bâtiment, on marche sur les étudiants en droit qui avaient voté, la veille, contre le blocage de leur faculté, on leur crache dessus, on les asperge avec des bouteilles d’urine, on insulte et on agresse des professeurs, des filles jettent des tampons et des serviettes hygiéniques sur le doyen. Pendant ce temps, les médias, loin des événements, et installés dans le confort de leurs préjugés, prennent fait et cause pour les saccageurs, représentés comme de gentils étudiants se livrant à un monôme bon enfant et bien de leur âge.

Devant ce chaos complaisamment accompagné par le pouvoir, le préfet ayant refusé que la police n’intervienne, un groupe décide de prendre les choses en main : ils entrent dans l’amphithéâtre et se montrent assez persuasifs pour en déloger les occupants. En quelques minutes, l’affaire est réglée. C’est sans compter les saccageurs qui, sachant de quel côté penchent le pouvoir et la Justice, portent plainte, et l’inversion commence : des citoyens justement révoltés par le vandalisme, la violence et le désordre programmés, opposés à l’occupation illégale d’un établissement public, vont immédiatement passer pour des « nervis », des « gros bras », des membres de « l’ultra-droite identitaire » ; ce sont eux qui seront mis en examen pour « intrusion dans une enceinte universitaire et violences volontaires aggravées en réunion et avec arme » – « l’arme » en question prenant l’apparence d’une latte en bois, très utile quand on veut convaincre un indésirable de vider les lieux.

Que vient faire Jean-Luc Coronel de Boissezon dans cette affaire ? Eh bien, le voilà lui-même accusé d’avoir laissé ce groupe s’introduire dans la faculté : pour cette raison, il est désormais révoqué de l’université. Même s’il a fait appel, l’injustice est flagrante, l’inversion parfaite, le châtiment délirant car, si la peine capitale est abolie, c’est bien la mort professionnelle qui lui est promise, et cette guillotine-là n’a pas trouvé son Badinter.

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