L’Europe face à son patron, saint Benoît

Conseil
 

Ce mardi 11 juillet, l’Église fêtait saint Benoît, proclamé patron de l’Europe par le pape Paul VI en 1964. C’est l’occasion d’une observation sur l’Europe et ce qu’elle est devenue en quelques années, faute de grand guide. On sait que, retiré au mont Cassin, saint Benoît y fonda l’abbaye en 529 et lui donna la règle bénédictine « Ora et labora » – prie et travaille » -, toujours en vigueur aujourd’hui.

Le pape Pie XII rappelle que « lorsque l’Empire romain s’est effondré, consumé de vétusté et de vices, et que les barbares se sont rués sur ses provinces, cet homme, que l’on a appelé le dernier des grands Romains parce qu’il alliait à la fois la romanité et l’Évangile, a puisé en ces deux sources de la prière et du travail le secours et la force pour unir puissamment les peuples de l’Europe sous l’étendard et l’autorité du Christ. Et de la mer Baltique à la Méditerranée, de l’océan Atlantique aux plaines de Pologne, des légions de moines bénédictins se sont répandues, adoucissant les nations rebelles et sauvages par la croix, les livres et la charrue. »

Écoutons encore le pape Paul VI lors de la bénédiction de la nouvelle abbaye reconstruite en vingt ans à l’identique par le gouvernement italien après sa destruction mi-février 1944 par les bombardements alliés : « Aujourd’hui, ce n’est plus la carence de la vie sociale qui nous pousse vers ce refuge, mais son exubérance. L’excitation, le bruit, l’agitation fébrile, l’extériorité, la foule menacent l’intériorité de l’homme. Il lui manque le silence avec son authentique parole intérieure, il lui manque l’ordre, la prière, la paix. Il lui manque lui-même. Pour retrouver la maîtrise et la joie spirituelles de lui-même, il a besoin de se remettre en face de lui-même dans le cloître bénédictin […] C’est là une grande et importante réalité qui a une valeur vitale pour notre vieille société, toujours vivante, mais qui, aujourd’hui, a tellement besoin de puiser dans ses racines une vigueur et une splendeur nouvelles, dans ses racines chrétiennes, dont elle est redevable en si grande partie à saint Benoît […] Qu’y a-t-il de plus moderne et de plus urgent, de plus difficile et de plus contrarié, de plus nécessaire et de plus utile pour la paix ? »

Tout est dit. Les vices, les barbares, nos racines chrétiennes quinze fois séculaires et unificatrices, l’urgence de la paix, mais voici notre Europe, à nouveau volontairement aveugle et « collaboratrice », qui devient le champ clos quotidien et encore limité – mais pour combien de temps – d’une invasion inacceptable, opposée à la paix parce que fondée sur la conquête et la soumission, si différente et tellement inférieure à notre brillante civilisation humaniste bien malade. Nous sommes tous concernés de « Brest à l’Oural » et de Narvik à Athènes.

La valeur du silence et de l’intériorité qui fait retrouver à l’homme un peu de sa transcendance est toujours fortement rappelée par l’Église, encore aujourd’hui par le grand cardinal guinéen Robert Sarah dans son livre La Force du silence, jamais opposée au progrès qu’elle a toujours accompagné et bien souvent précédé, mais faisant la part des choses et donnant la primauté à l’homme.

Nous avons besoin d’un nouveau saint Benoît en Europe et d’un ancrage renouvelé dans nos sources, à mille lieues des incessants bavardages politiciens qui étouffent le silence, se trompent d’ennemi en ciblant le changement climatique dont on se demande bien ce qu’il vient faire là, qui ne nomment pas un ennemi de plus en plus prégnant qui va transformer nos villes en de multiples Mossoul. Il est déjà bien tard. Ora et labora.

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