Editoriaux - International - Politique - 14 mai 2017

Lettre ouverte au futur ministre des Affaires étrangères

Vous n’êtes pas sans savoir que nous vivons, plus que jamais, dans un monde en tension. Comme vous n’êtes pas sans savoir, également, qu’il existe en matière de relations internationales un principe fondamental qui veut qu’on doive éviter le plus possible de dénigrer une grande nation qui traverse une mauvaise passe. Car, un jour, cette nation se relève et cherche à vous faire payer l’affront dont elle a été victime. C’est ce qui s’est passé avec l’Allemagne nazie, et c’est ce qui se passe aujourd’hui avec la Chine et la Russie. Il faut se souvenir de la suffisance jubilatoire avec laquelle les pays occidentaux ont regardé l’effondrement de l’Union soviétique : ils étaient les grands vainqueurs du communisme et étaient convaincus de détenir la vérité avec leur démocratie d’opérette polluée par le capitalisme destructeur.

Les États-Unis étaient devenus, cette fois, les vrais maîtres du monde, désormais sans partage ! Monsieur le Ministre, vous savez très bien que, pour eux, il n’y a que leurs intérêts qui comptent. Trump ne s’en cache pas d’ailleurs : « America First ». Et les autres nations, en toute logique – c’est-à-dire la leur -, ne sont que leurs petits chiens-chiens de servitude. Or, si ceux-ci veulent le rester, c’est leur problème. Mais, comme l’a très bien dit le général de Gaulle : « Ils [les États-Unis] devraient comprendre que le meilleur allié des États-Unis, ce n’est pas celui qui s’aplatit devant eux, c’est celui qui sait leur dire non. » L’élection du nouveau président de la République nous offre l’occasion de sortir tout de suite de cette prison – l’OTAN – dans laquelle l’admirateur inconscient de John Wayne, le très éclairé Sarkozy, nous a « intégrés » ou réintégrés…

Car un rôle fondamental nous attend, Monsieur le Ministre, un rôle plus que nécessaire aujourd’hui, parce qu’il n’est tenu par aucune nation, aucune organisation – en tout cas, pas par l’ONU. Mais cela, vous le savez mieux que moi. Pardonnez-moi de citer encore le général de Gaulle : « …son génie [celui de la France] est d’ éclairer l’univers. » L’expression est, certes, pompeuse mais elle est vraie, car la vocation internationale de la France ne doit pas être l’entretien de la crispation des relations internationales mais, au contraire, l’effort permanent et soutenu pour la conciliation des peuples qui ont du mal à vivre côte à côte. C’est, là, assumer un rôle mondial qui nous garantira l’admiration et placera, par sa distinction, notre pays au premier rang. Ce que nous avons réussi à réaliser nous-mêmes avec l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, nous avons le devoir, par exemple, d’aider les pays d’Europe de l’Est et la Russie à le réussir dès demain, plutôt que d’envoyer des soldats à l’Est, ce qui ne fait que nourrir les tensions ; ou d’infliger des sanctions… qui se retournent contre nos intérêts, surtout pour le bénéfice d’un pays qui ne brille pas par ses vertus démocratiques.

Car nous avons tous, qui que nous soyons, un ennemi commun : le terrorisme islamique, qui se rit aujourd’hui de nos divisions et qui ne peut que grossir. Alors, Monsieur le Ministre, invitez votre Président à renouer avec la politique internationale du général de Gaulle et à sortir la France du commandement intégré de l’OTAN. Et dites-lui de lancer sur tous les fronts la bataille de la paix : « La France, chaque fois qu’elle est elle-même, est humaine et universelle. La vocation de la France, c’est d’œuvrer pour l’intérêt général », a dit encore, avec cette lucidité qui traverse le temps, l’homme du 18 juin. Faisons de la France, Monsieur le Ministre, ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : « La France éternelle. »

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