Lettre ouverte à Viktor Orbán

Monsieur le Premier Ministre,

« Salut, dictateur ! » C’est par cette interpellation offensante que Jean-Claude Juncker, président de la Commission de Bruxelles, vous a accueilli vendredi dernier au sommet européen de Riga. D’autres dignitaires européistes ont cru devoir en rajouter dans ce registre désobligeant, tel l’ancien commissaire européen belge Louis Michel, qui a stigmatisé la « dérive autocratique » de votre mode de gouvernement.

Que vous reproche-t-on au juste ? Les réformes de la justice, des médias et de l’économie que vous avez engagées depuis votre arrivée au pouvoir en 2010, jugées liberticides tant par votre opposition intérieure que par vos adversaires à l’étranger. Votre volonté de rouvrir dernièrement, au nom de la liberté d’expression, le difficile débat sur la peine de mort, abolie dans votre pays en 1990. Vos propos récents qualifiant « d’absurde » le projet de la Commission européenne visant à instaurer des quotas nationaux pour répondre à l’afflux de migrants et de demandeurs d’asile… Tout cela sans doute à la fois.

Mais ce que la nomenklatura bruxelloise vous reproche avant tout, c‘est bien votre farouche détermination à ne jamais vous en laisser conter, à ne jamais vous plier à la doxa européiste, à ne jamais faire passer les intérêts des lobbies libéraux-libertaires qui pullulent aux abords de Berlaymont avant ceux de votre peuple.

À Bruxelles comme dans les chancelleries, les donneurs de leçons devraient pourtant ne pas oublier que vous êtes revenu au pouvoir, le 29 mai 2010, après avoir obtenu une confortable majorité au Parlement à l’occasion des législatives de 2010 et que votre politique conservatrice a été, depuis, largement plébiscitée aux élections législatives d’avril 2014, lors desquelles votre formation politique, le Fidesz, a conservé la majorité qualifiée des deux tiers. Pour mener à bien votre politique, vous disposez donc incontestablement de la légitimité démocratique, celle tirée des urnes, laquelle vous dispense dès lors de céder aux oukases intolérables de ceux qui prétendent, comme Jean-Claude Juncker, « qu’il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ».

Aux côtés du Front national, le SIEL (Souveraineté, Indépendance et Libertés) s’applique à restaurer la souveraineté de la France, largement transférée à Bruxelles au fil d’une politique de renoncement qui a conduit les gouvernements de l’UMP comme du PS, depuis près de trente ans, à sacrifier l’indépendance monétaire, territoriale, normative et budgétaire de notre pays sur l’autel de funestes chimères européistes. Les patriotes français, si puissamment attachés à la défense des valeurs charnelles de notre civilisation, ne peuvent ainsi que vous encourager à persévérer dans la conduite d’une politique exemplaire qui se soucie avant tout d’imposer la primauté de votre droit sur les normés européennes, de maîtriser les flux migratoires qui déstabilisent considérablement le quotidien des Hongrois et d’honorer le peuple magyar en réhabilitant une histoire illustre qui fut tant malmenée depuis le douloureux traité de Trianon.

Même si nous mesurons chaque jour les limites d’un volontarisme politique qui aspirerait à modifier, au sein de l’Union européenne, des rapports de force largement conditionnés par des institutions fossilisées et des normes que nous jugeons irréformables de l’intérieur, vous pouvez compter sur notre soutien explicite à votre courageuse politique.

Quelles que soient les difficultés rencontrées, l’Histoire nous donne raison chaque jour, au gré des scrutins qui égrènent l’actualité politique européenne de ces dernières années : à l’évidence, nous sommes de plus en plus nombreux, parmi les vingt-huit, à œuvrer patiemment à la construction d’un nouveau modèle européen – alternatif au processus actuel d’intégration autoritaire -, qui serait enfin respectueux de la souveraineté des États et des identités des peuples qui composent notre continent. Loin des faux procès et des clichés qui voudraient disqualifier l’action de nos mouvements politiques en enfermant celle-ci dans une posture frileuse de repli sur soi, il nous faut agir ensemble, en France, en Hongrie, comme partout ailleurs, pour défendre et promouvoir cette nouvelle espérance européenne.

Sursum corda.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’assurance de nos sentiments respectueux.

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