Lettre de M. Blanquer aux professeurs : l’idéologie en marche

Professeur certifié de Lettres Classiques
 

Notre nouveau ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, semble vouloir perpétuer la tradition, initiée par madame Najat Vallaud-Belkacem, d’écrire régulièrement aux agents de son ministère. Ainsi, dans une lettre datée du jeudi 6 juillet 2017, monsieur Blanquer marque-t-il ouvertement l’esprit idéologique dans lequel il souhaite que nous travaillions.

S’il commence par exprimer son « respect » et sa « considération » pour son personnel, ce qui doit être porté à son crédit, il affirme en revanche aussitôt que « notre ministère est d’abord et avant tout celui de l’idéal » : premier danger ! Il semble légitime d’attendre des agents de l’État qu’ils accomplissent leur devoir dans le respect des lois et les exigences dues aux diverses contraintes et échéances publiques, loin donc de toute « idée », personnelle ou sublimée, fût-elle celle de l’État, ce que n’aurait pas renié autrement un dictateur : Hitler aussi avait un « idéal »… Quel est donc « l’idéal » de notre ministère ? Plus précisément, qui serait véritablement légitime pour désigner cet idéal ? Poursuivons donc des objectifs clairement déterminés en tant que républicains et laissons les idéaux dans le cadre de l’État aux tyrans.

Monsieur Blanquer affirme ensuite que « nous voulons que tous les enfants sachent parfaitement lire, écrire, compter et respecter autrui […] », mais ceci est un dangereux sophisme, un second insidieux danger : les parents souhaitent tous cela, a priori, mais les enseignants, par exemple ? Nous ne saurions exiger que les élèves sachent parfaitement respecter autrui car cela relève de l’éducation, donc de la part laissée aux parents, non aux instructeurs. Certes, nos établissements mettent en place des procédures et des outils qui permettent à chaque élève de développer des compétences citoyennes qui vont dans le sens du respect d’autrui, mais ce n’est pas à nous d’apprendre ou d’enseigner le respect d’autrui aux élèves, autrement que par nos modèles de comportement, non par une prise de parole en classe à valeur pédagogique : c’est aux parents à apprendre cela à leurs enfants. N’inversons pas les rôles. Oui, l’heure est à la classe inversée dans nos programmes, mais cela n’est nullement le gage d’une meilleure instruction, simplement d’un moment plus facile à passer dans une école où l’on ne veut plus délivrer un savoir, mais où l’on cherche à se substituer aux parents. Si nous voulons donc « amener chaque élève au meilleur de lui-même », comme le note monsieur Blanquer, nous ne devons pas le faire au détriment des parents, qui doivent rester les premiers éducateurs de leurs enfants. L’État ne saurait être le générateur d’enfants formatés ni le négateur de sa première fonction : celle d’initiateur d’élèves instruits, seul véritable objectif républicain.

Et monsieur Blanquer de menacer implicitement ses destinataires en notant que « l’Éducation nationale ne doit pas être sur la défensive, mais à l’offensive » lorsqu’il esquisse subliminalement le prétendu accroissement de « transformation de la vérité » et de « discrimination[s] » diverses : mais n’appartient-il pas plutôt à la Justice de sanctionner les délinquants ou les criminels, ou encore au ministère de l’Intérieur de rechercher et d’arrêter ces mêmes personnes ? Ce n’est, certes, pas à l’Éducation nationale, en tout cas, de créer un citoyen idéal, à son image, inévitablement imparfaite puisque humaine, et, comme chacun sait, errare humanum est !

Monsieur Blanquer demande donc de la confiance à tout son personnel, mais la confiance ne peut être exigée : elle s’acquiert, éventuellement sur le long terme.

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