Audio - Discours - Editoriaux - Entretiens - Politique - Table - 21 novembre 2017

« Dans l’état actuel des choses, les partis ont une logique mortifère, presque sectaire »

Contre toute attente, Marine Le Pen a déclaré qu’elle était prête à passer un accord avec Laurent Wauquiez, notamment pour les municipales de 2020.

Pour Guillaume Bernard, le timing est étonnant : que ne l’a-t-elle fait un an plus tôt, au lieu de courir derrière les électeurs de Mélenchon ?

Guillaume Bernard, Marine Le Pen a déclaré aujourd’hui, devant « Le Grand Jury », qu’elle était tout à fait prête à passer un accord avec Laurent Wauquier, notamment en vue des municipales de 2020.

C’est ce qui s’appelle avoir l’art du contre-pied. Avant de rentrer dans le vif et dans le décryptage, comment avez-vous réagi en apprenant cela ?

Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait un an plus tôt ? C’est tout à fait étonnant que Marine Le Pen, qui a passé sa campagne présidentielle à essayer de courir après les électeurs de Mélenchon, n’ait pas fait cela pour les électeurs de François Fillon. Si elle ne l’avait pas fait pour le premier tour, elle aurait pu au moins le faire dans l’entre-deux-tours.
On peut donc considérer que le timing est assez étonnant. Cela relève peut-être plus de la stratégie pour tout simplement se prévaloir d’avoir pris une initiative, et voir la porte se refermer. Etant donné les prises de position que Laurent Wauquier a déjà prises, on ne peut s’attendre qu’à une fin de non-recevoir. Par conséquent, elle pourrait ainsi continuer à s’isoler dans sa tour d’ivoire en disant qu’elle a tendu une main qui n’a pas été prise.

Tous les experts politiques sont en train de guetter une quelconque réaction de Laurent Wauquier. On devine ses difficultés stratégiques liées à une telle déclaration, étant donné qu’il vise à peu près la même base électorale que Marine Le Pen…

Il est certain que Laurent Wauquier est dans une position inconfortable.
D’un côté, il tient plutôt un discours droitiste, une « resucée » de la ligne Buisson que Patrick Buisson avait transmise à Nicolas Sarkozy en 2007. D’ailleurs, on sait que, récemment, il a eu une position assez courageuse sur la question des crèches dans sa région.
D’un autre côté, il est dans une stratégie du grand écart. Il veut à tout prix éviter l’implosion de son parti, qui est pourtant déjà bien divisé à cause des Constructifs. Il a pris dans son équipe une proche d’Alain Juppé, madame Calmel, qui n’est pas du tout sur des positions droitistes, et comme porte-parole Geoffroy Didier, qui avait pourtant participé à la Droite forte avec Guillaume Peltier, mais qui s’en est bien démarqué depuis en faisant des déclarations très favorables au progressisme sociétal et bioéthique.
Par conséquent, Laurent Wauquier est dans une position compliquée. Il est à la fois sur une position droitiste personnellement, mais dans une stratégie visant à maintenir ce qu’il reste d’unité à LR. De plus, il a déjà pris position vis-à-vis de Marine Le Pen. Il a fait partie de ceux qui n’étaient pas forcément enthousiastes pour Emmanuel Macron mais ont quand même favorisé son élection à la présidentielle. Il a même déclaré, alors que personne ne lui demandait de prendre position là-dessus, que Nicolas Dupont-Aignan avait franchi une ligne jaune, une ligne de non-retour qui l’empêchait désormais de discuter avec lui.
Si Laurent Wauquier ne peut pas discuter avec Nicolas Dupont-Aignan, il peut donc encore moins discuter avec Marine Le Pen.
On s’attend à ce que sa réponse soit une fin de non-recevoir. Cela l’enferme dans une position inconfortable d’une certaine manière en relativisant son discours droitiste. On peut toutefois évidemment penser que sa stratégie est d’abord de prendre le pouvoir à LR, pour ensuite élargir sa base électorale.
Mais il ne se rend peut-être pas compte que les circonstances ont changé.
C’est bien LR qui n’a pas été au deuxième tour de la présidentielle, même si le score de Marine Le Pen a été très en deçà de ce qu’elle aurait pu réaliser.
C’est LR qui a connu un 21 avril à l’envers. Nicolas Dupont-Aignan, qui a franchi le Rubicon, a été réélu lors des élections législatives.
Le Front national n’est pas dans une position très confortable, c’est absolument certain. Il connaît lui-même une crise interne. Tout en ayant réalisé un très haut score au second tour de la présidentielle, c’est un score absolument insuffisant pour gagner. Il est donc confronté au plafond de verre.

Une alliance entre le Front national et L,es Républicains pour les élections à venir serait-elle pour vous une utopie mort-née en l’état actuel des choses ?

Dans l’état actuel des choses, je crois que les partis politiques ont une logique mortifère, voire sectaire.
Il me semble que nous assistons incontestablement à une guerre entre les partis, une guerre entre les caciques et les militants, les sympathisants, le peuple de droite, et une guerre entre ce qui est à droite et ce qui est de droite.
C’est ce que j’ai proposé d’appeler dans mon livre « la guerre à droite ».
Contrairement à ce que pourraient penser un certain nombre de stratèges ou de commentateurs, c’est moins l’union des droites qui doit être recherchée que l’unité de la droite aujourd’hui éparpillée entre différents partis.
Je crois, en effet, qu’il n’y a qu’une seule droite. La base doit donc prendre l’initiative, faire voler en éclats ces structures partisanes mortifères qui ne défendent que leurs intérêts propres, et imposer l’unité de ceux qui sont véritablement de droite.

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