¡ L’Espagne unanime autour du cercueil d’Adolfo Suárez !

Journaliste, écrivain et essayiste.
 

Un Premier ministre à l’épreuve des balles : le 23 février 1981, Suárez est le seul – avec le général Mellado et le chef stalinien Santiago Carrillo – à rester debout pendant que crépitent les pistolets-mitrailleurs, tandis que les autres députés sont au sol, lors du « golpe » du colonel Fernando Tejero, dans l’enceinte parlementaire ibérique.

« Le forgeron de la démocratie », titre le quotidien espagnol El País, ce 24 mars, au lendemain du décès de Suárez (1932-2014). Premier ministre après la mort du général Franco (20 novembre 1975) jusqu’en 1981, il a été « la
 personne adéquate au moment opportun », note le journal : il a su écarter les menaces de déstabilisation tout en menant des réformes importantes (liberté d’association et de syndicats – communistes y compris –, indépendance de la justice, etc.).

Ce fils de républicain était d’autant plus « adéquat » pour conduire la transition démocratique post-franquiste qu’il était issu de la nomenklatura autoritaire, élevé dans le sérail, en connaissant les détours.

Sous la pression, il démissionne en janvier 1981. « Mon départ est plus bénéfique pour l’Espagne que ma permanence. Je ne veux pas que le système démocratique de coexistence soit, une fois encore, une parenthèse dans l’histoire de l’Espagne. »

Aujourd’hui, enveloppé du drapeau sang et or, son cercueil porté par huit militaires, tête nue, est entré par la grande Porte des Lions du Parlement, exceptionnellement ouverte, pour être déposé dans le salon d’apparat orné de gerbes de fleurs.

Dehors, des centaines de personnes attendaient de pouvoir s’incliner sur le catafalque, applaudissant au passage du corbillard. Sur toutes les lèvres une même phrase : « C’est le meilleur chef de gouvernement qu’ait connu l’Espagne… »

Si Suárez était frappé de la maladie d’Alzheimer depuis une dizaine d’années et, rapporte son fils, ne savait plus qui il était, le roi Juan Carlos, lui, n’oublie pas qu’il a mené la transition démocratique de l’Espagne, Adolfo Suárez à ses côtés. Il est venu, accompagné de la reine Sofía, rendre hommage à celui qu’il avait qualifié dimanche « d’ami fidèle et collaborateur exceptionnel ».

Aux portes du Congrès, la dépouille, accompagnée par la famille, venait d’être accueillie par le chef du gouvernement Mariano Rajoy et, côte à côte, les trois anciens chefs de gouvernement de la démocratie encore en vie, les socialistes Felipe González et José Luis Rodríguez Zapatero, et le conservateur José María Aznar, indique l’AFP.

Trois jours de deuil national ont été décrétés. Les obsèques seront célébrées mardi à la cathédrale d’Ávila, dans le centre de l’Espagne – la région où il était né le 25 septembre 1932. Des funérailles d’État sont prévues le 31 mars à la cathédrale de la Almudena de Madrid.

On apprend que l’aéroport de Madrid s’appellera désormais aéroport Adolfo Suárez.

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