Editoriaux - Politique - Société - 3 novembre 2018

Les violences d’Halloween prouvent que Collomb avait raison et que Nuñez a tort

Comme pour illustrer les propos pessimistes mais lucides de Gérard Collomb auprès de journalistes de Valeurs actuelles, le soir d’Halloween, avec sa « purge » des policiers commanditée sur les réseaux sociaux, est venu confirmer la grave situation sécuritaire que connaît notre pays. Pour de nombreux professionnels et spécialistes, ni les révélations de l’ancien ministre de l’Intérieur ni la réalité des faits observés sur le terrain dans plusieurs villes de France ne sont des nouveautés. Il y a, en effet, longtemps que la dérive que nous observons, et qui laisse le champ libre à toutes les formes de délinquance, est devenue une réalité, et que c’est bien un chaos irréversible qui menace désormais, à court terme, notre pays.

Bien sûr, le pouvoir en place s’est empressé de tenter d’éteindre l’incendie médiatique provoqué par les déclarations de celui qui, il n’y a pas si longtemps, était à la manœuvre Place Beauvau. Il n’empêche, les faits sont là. Sur un simple appel lancé sur Internet, des criminels issus de différents départements et villes de France se sont empressés de s’en prendre aux forces de l’ordre dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Bilan : des dizaines de véhicules et de commerces détruits et des blessés parmi les policiers.

Ces événements, habituellement soigneusement dissimulés, ne sont plus exclusivement réservés aux soirées d’Halloween ou à celle du jour de l’An. Les violences urbaines, avec leur cortège de destructions, sont devenues quasi quotidiennes, et chaque fin de semaine, chaque nuit donnent lieu à des scènes de violence face auxquelles les forces de l’ordre sont de plus en plus démunies.

Pourtant, il se trouve toujours, au plus haut niveau de l’État, des « responsables » pour continuer de parler de « blague », à l’instar du vocable emprunté par une certaine presse, pour caractériser les actes inouïs de violences qui ont touché, il y a quelques jours, Lyon, Rennes, Strasbourg ou encore d’autres villes de métropole ou d’outre-mer. Et comme cela semblait ne pas suffire, c’est au tout nouveau secrétaire d’État à l’Intérieur, Laurent Nuñez, que Macron et Philippe ont demandé de monter au créneau, pour contredire les propos de celui qui, dans leur propre camp, fut ministre d’État, ministre de l’Intérieur. Quelle vision pathétique d’un pouvoir qui ment de façon éhontée. D’un pouvoir dont les tenants n’hésitent plus à se décrédibiliser aux yeux des Français et du monde entier.

Mais cet épisode aura au moins eu une vertu. Celle de déplacer les termes d’un débat réaliste et lucide sur l’insécurité sur l’échiquier politique. De fait, dénoncer les risques d’une « partition » ou d’une « sécession » du corps social français, décrire un « vivre ensemble » fortement endommagé ou bien prédire une « situation qui pourrait devenir irréversible… d’ici cinq ans » était, il n’y a pas si longtemps, l’apanage aussitôt stigmatisé, de personnalités politiques forcément réactionnaires et extrémistes. La donne a donc changé. Mais l’on s’aperçoit, à travers les réactions officielles, que le chemin qui reste à parcourir pour que la vérité soit tout simplement admise,risque d’être encore long.

Ne comptons donc pas de sitôt sur ceux qui sont en place, et qui se disent progressistes, pour que les choses bougent dans notre pays en matière de sécurité. Ils ne feront rien, pétrifiés qu’ils sont par leur idéologie, par leur crainte de déplaire aux « droit-de-l’hommistes » toujours bien en place, et à des juges supranationaux aussi déconnectés des réalités qu’éloignés des quartiers où sévissent la violence et la loi du plus fort. Pour les Français, l’heure du choix a sonné. Et même Collomb le dit.

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