Editoriaux - Industrie - Politique - Radio - Table - Tribune - 3 juillet 2018

Les ministres évalués par Matignon ? Rendez-vous chez le dirlo !

Dans les années 90 du siècle dernier, le philosophe Jean Baudrillard publie une tribune dans Le Monde, laquelle fait grand bruit. Il y explique en substance que « la France n’est pas une salle de classe », que les Français ne sont pas « des élèves indisciplinés » que les hommes politiques seraient chargés de remettre dans « le droit chemin ». En 2018, ces propos prophétiques sont devenus réalité.

Car c’est au nom de la « pédagogie » qu’il convient d’éduquer les électeurs afin de les aider à viser le tableau d’honneur et éviter les comportements déviants ; à savoir ces « incivilités » électorales ayant trop souvent le mauvais goût de placer les cancres « lepénomélenchonistes » en tête de scrutin. La démocratie ne serait donc plus affaire de « pouvoir du peuple » mais des prérogatives de ceux chargés de « bien » les instruire.

On reconnaîtra au moins à l’actuel gouvernement le mérite consistant à s’appliquer à lui-même les règles aux autres imposées. Ainsi, le Premier ministre Édouard Philippe va-t-il recevoir tous ses subordonnés pour un « entretien individuel visant à faire le bilan de leur action » ; bilan qui sera jugé sur trois critères : « exemplarité, collégialité et efficacité », sans toutefois être susceptible d’entraîner la moindre forme de « notation ».

Après, qui évaluera Philippe ? Macron ? Sûrement. Mais qui félicitera ou blâmera ce dernier ? Le peuple des électeurs ? T’as qu’à croire… En ces temps post-démocratiques, ce même peuple n’est jamais que simple variable d’ajustement, inconvénient inévitable et mauvais moment à passer pour l’oligarchie dominante. On en rigolerait d’autant plus si on n’avait pas les lèvres gercées et si ce syndrome pédagogiste n’était révélateur de la dérive d’un système tout entier.

Ainsi, la sphère politique était naguère censée organiser le « bien commun ». Il s’agissait, surtout après-guerre et dans la collaboration gaullo-communiste, de remettre sur pied un appareil industriel digne de ce nom, capable de rivaliser – principalement – avec son homologue américain. Il y eut d’indéniables succès, même si le très étatiste TGV conduisit le visionnaire Aérotrain de Jean Bertin au placard. Même si le fleuron automobile Facel-Vega fut sacrifié au profit du duopole Renault/Peugeot, l’un d’État, l’autre privé. Dans le même état d’esprit, les mesures sociales étaient prises pour aider la classe ouvrière. Aujourd’hui, elle le sont pour complaire à la Commission européenne et ne vont que rarement dans le sens du « mieux-disant » social.

De cela, il ne reste plus rien. Pour s’occuper, cette classe politique ayant abandonné le champ éponyme à des instances extra-françaises et n’ayant de démocratique que le nom (qui les a élues ? Personne !) n’a effectivement d’autre choix que de se refaire la cerise dans celui du sociétal. En son temps, Jean-Pierre Chevènement avait bien analysé le processus. Et c’est ainsi que d’abolition de la peine de mort en libéralisation de radios n’étant plus « libres » depuis longtemps que le vocable, de SOS Racisme en mariage pour tous, l’État français, issu de Sully, Colbert et Pompidou, est passé du statut de grand organisateur à celui de moralisateur suprême.

La France n’est plus qu’une « start-up nation » dont il faut « optimiser » les « performances ». D’où cette furie hygiéniste consistant à réduire la consommation d’alcool et de tabac – plaisirs sans lesquels la vie ressemblerait à un réveillon passé en la compagnie d’Alain Cuny et de Christine Angot – et à abaisser la vitesse sur nos routes de campagne. Bref, ça coûte toujours moins cher d’emmerder les Français que de rendre son rang à la France.

On rappellera que, dans cet exercice mortifère, Emmanuel Macron est un malin. Remettre de l’ordre dans l’Éducation nationale ne coûte pas cher et peut rapporter gros – Jean-Michel Blanquer a été le premier « auditionné » au rattrapage de Matignon –, tandis que pour ce qui est de la vocation jupitérienne de la France, il suffit de faire risette à Philippe de Villiers, le Marcel Campion du bocage, pour se mettre les voix de droite dans la poche. Quitte à inviter, ensuite, des clones du « Jacob » de La Cage aux folles à l’Élysée pour, ensuite, faire de même à celles de gauche.

Si Emmanuel Macron était à son tour « évalué », il mériterait au moins 20/20. Et encore, en notant sévère.

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