Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - Société - Table - 28 juin 2018

« Les métropoles sont des aspirateurs à richesse et des évacuateurs de pauvreté »

Jean-Louis Borloo, auteur du plan banlieue, accuse Emmanuel Macron d’avoir une « vision de la société inefficace et dangereuse ». Xavier Lemoine, maire de Montfermeil, partage-t-il ce point de vue ? Il répond au micro de Boulevard Voltaire.

 

 

Jean-Louis Borlot cible Emmanuel Macron et sa vision de la société qu’il juge inefficace et dangereuse. Partagez-vous le constat de l’auteur du plan banlieue ?

Je constate au regard des décisions prises par le gouvernement que l’on est en train de détricoter notre société. On retire toute fonction à tous les corps intermédiaires, qui sont les lieux où se jouent la solidarité et la promotion. Il s’agit d’une individualisation forcenée où ceux qui réussissent, réussissent fort bien, car la dynamique porte à cela, et où ceux qui courent moins vite s’arrêtent très rapidement et sont rapidement relégués. La disparition des corps intermédiaires ne leur donne plus ces lieux de repos, de reprise, de solidarité, d’encouragements et de promotion.

Nous sommes dans une société très dure.

Nous retrouvons là l’expression du libéralisme-libertaire poussée à l’extrême. Nous ne sommes plus des personnes. Nous ne sommes que des agents économiques en quête d’efficacité maximum. Tout ce qui relève de la solidarité apparaît comme parasite ; ce n’est pas rentable.

Le plan banlieue de Borlot préconisait d’investir davantage dans les banlieues. 

Les gens critiquent cependant l’investissement dans les banlieues au détriment de la France périphérique, les résultats étant assez médiocres.

En tant que maire de Monfermeil, partagez-vous ce constat ?

Jean-Louis Borlot avait bien indiqué dans son plan qu’il s’agissait aussi de se préoccuper de la France périphérique. Cela fait trente ans qu’il n’y a plus d’aménagement du territoire. Les métropoles sont des aspirateurs à richesse et des évacuateurs de pauvreté. On relègue la pauvreté à l’extérieur des métropoles et on attire toute la richesse à soi. C’est donc la France périphérique qui en paie les frais.

Il faut renouer avec une vision de l’aménagement du territoire. Pour cela, on ne peut pas faire l’économie d’un certain nombre d’investissements dans les quartiers certes, mais également dans la France périphérique. 

Cette vision de l’efficacité fait qu’on a plutôt tendance à laisser les métropoles capter cette richesse et du mal à la répartir équitablement sur le territoire.

Quant aux quartiers, il faut continuer à injecter des fonds. Je ne souhaite pas opposer l’humain et l’urbain. La requalification urbaine est un préalable à toutes les politiques sociales que l’on pourrait être amené à conduire en direction des populations que nous continuons d’accueillir à raison de deux cents, deux cent cinquante mille par an. Il faut bien qu’elles arrivent quelque part. Il faut bien que nous ayons un traitement adapté et une politique particulière en direction de ces personnes pour les faire s’agréger, qu’elles comprennent et respectent notre société. Si on nous dénie ces moyens, alors inutile de s’apitoyer sur les conséquences que nous aurions à vivre. Elles seraient à mon avis humainement et financièrement bien plus coûteuses pour la France que les quelques moyens que l’on peut légitimement demander.

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