Editoriaux - International - 14 mars 2019

Les Lumières algériennes ?

Le peuple algérien aurait gagné : le président Bouteflika a, finalement, pris la décision de ne pas briguer un cinquième mandat et de reporter l’élection présidentielle.

En définitive, le vieux prince algérien – très affaibli par un accident vasculaire cérébral survenu en 2013 l’empêchant, depuis, de se déplacer et de parler – ne fait que prolonger son quatrième mandat et que renforcer la mainmise de son entourage sur le pays. Les observateurs français étaient, pourtant, unanimes : ces Algériens, qui battaient le pavé depuis presque trois semaines, donnaient l’exemple à ces gilets jaunes dont la violence ne serait plus à démontrer. On assisterait, ainsi, à une démonstration de joie et de grâce dans la contestation politique et sociale. Enfin, « nos frères algériens » feraient mieux que les Tunisiens et les Égyptiens, entre 2010 et 2011, lors des fameux « printemps arabes ». Avec, dans son escarcelle, des écrivains de talent comme Boualem Sansal et Kamel Daoud, l’âme sœur de la France serait, enfin, sur le point de révéler ses Lumières.

Cependant, le chantage à l’immigration s’était fait entendre : le journaliste franco-algérien Mohamed Sifaoui avait annoncé que, si Bouteflika devait être reconduit, dix à quinze millions de ressortissants de son pays d’origine pourraient débarquer dans l’Hexagone. Et, derrière l’épouvantail Bouteflika, se niche toute une structure industrialo-financière largement engraissée par la rente pétrolière. Car le Front de libération nationale n’aura jamais été aussi puissant. Le chef d’état-major de l’armée Ahmed Gaïd Salah a laissé, délibérément, la foule se défouler. En fait, nos observateurs font semblant d’ignorer qu’en matière de répression, le FLN ne fait pas dans la dentelle. Parce que son droit-de-l’hommisme est à géométrie variable. En cas de tentative de révolution par la lutte armée, le peuple algérien prendrait immédiatement un bain de sang. Enfin, rien ne pourrait empêcher les salafistes de récupérer, après coup, la manne électorale.

De fait, le FLN joue encore aux échecs. Comme il est loin, le temps des attentats à la bombe et des enlèvements comme des meurtres sauvages des pieds-noirs juifs ou catholiques ! Tout ceci se conclut par un marché de dupes : le général de Gaulle n’avait cédé la victoire militaire – pourtant acquise ! – à une association de « bienfaiteurs », capable de faire croire qu’elle avait mis un bon coup de pied au derrière de l’occupant français (de 1954 à 1962), que pour réaliser une tutelle géopolitique et industrielle des États émergents. La Françafrique de Jacques Foccart était déjà là. Cependant, avant de connaître la colonisation française, la population algérienne ne s’élevait qu’à cinq millions d’habitants à peine (en 1830). En 2017, elle s’élevait à quarante millions. Merci qui ?

En réalité, le FLN fait le coup de menton devant les siens mais continue de serrer les mains des oligarques français en coulisses. Le peuple français n’a pas fini de payer la facture de la guerre d’Algérie. Et, en partant de l’hypothèse selon laquelle ces dix à quinze millions d’Algériens arriveraient en France, en plus des 815.000 ressortissants inscrits sur les listes électorales auprès de l’ambassade d’Algérie (chiffre officiel datant de 2014), comment ne pas imaginer que des Nadiya Lazzouni, Houria Bouteldja ou Rachid Nekkaz testeront davantage la laïcité française au nom de la défense des droits individuels ? Voilà, assurément, un bel héritage des Lumières…

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