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Les Le Pen, bénédiction ou malédiction française ?

Satiriste polémiste
 

À la Toussaint 1976, la famille Le Pen faillit disparaître dans l’explosion qui détruisit leur appartement parisien. Au grand dam, sans doute, des commanditaires de l’attentat, s’ils sont encore vivants, les Le Pen jouent toujours, 40 ans plus tard, un rôle central dans la vie politique française, sans que l’on puisse dire avec certitude s’il s’agit là d’une bénédiction ou d’une malédiction pour notre nation. Que dire, en effet, des trois générations de cette dynastie française ?

Quid du grand-père, Jean-Marie, ce patriarche qui ne s’avoue jamais vaincu et ne reconnaît jamais aucune erreur, un menhir dominateur qui a vu partir à la retraite tous les politiciens de sa génération ? Élu député en 1956, il s’est présenté à l’élection présidentielle dès 1974, où il a réalisé 0,74 % des voix. 40 ans plus tard, aux européennes de 2014, il a recueilli 28 % des suffrages.

Son succès, il le doit à cette force exceptionnelle, mais son échec vient de son obsession pour les combats du passé, pour son indulgence affichée à l’égard de Pétain et pour son soutien à l’Algérie française, une réalité qui n’aurait pu être tenable que si les pieds-noirs avaient christianisé les populations locales. Difficile de dire s’il a entretenu la flamme patriote ou s’il l’a mise sous le boisseau de l’infréquentabilité. Toujours est-il que si la France survit aux événements actuels, il y aura infiniment plus de places Jean-Marie-Le-Pen que de places Alain-Juppé dans notre pays ; à défaut d’un grand politicien, il aura été un authentique prophète. La seule fois où il a accepté de s’effacer, c’était pour transmettre le flambeau à la plus jeune de ses trois filles. Comme César, il en fut quitte pour un « tu quoque mi filia ».

Cette héritière, c’est Marine Le Pen, la fille Le Pen. Physiquement, on voit bien de qui elle tient, mais pour la ligne politique, c’est un peu différent. Comme beaucoup de femmes de sa génération, c’est une matriarche post-soixante-huitarde. Il lui reste bien un petit vernis religieux, qui lui permet de ne pas oublier de souhaiter un joyeux Noël à ses militants, mais ça s’arrête là : pas de questionnement apparent dans l’ordre du spirituel, pas d’interrogation sur la vocation de l’homme ou de la France, le service minimum au sujet du mariage gay et la prompte condamnation des « dérapages » que lui signalent les Torquemada de la bien-pensance médiatique. C’est que son segment à elle, c’est la défense des perdants de la mondialisation et du capitalisme financier. C’est une sorte de Jean-Luc Mélenchon en version patriote – une sans-culotte, en somme. C’est qu’elle est, elle aussi, en retard d’une génération ; elle aussi perd son capital dans la défense des idoles du passé, à savoir le féminisme de grand-maman et le laïcisme d’arrière-grand-papa.

Reste la troisième génération, la petite-fille : Marion Maréchal-Le Pen. Politiquement, elle est plus proche de son grand-père, même si elle n’a pas hérité de son physique et de son tempérament de primate. Économiquement, elle est plus libérale que sa tante, même si ce qu’elle soutient, c’est le capitalisme entrepreneurial des PME et des groupes familiaux. Elle est plus mystique, aussi. Elle a bien compris que ce qui s’était manifesté lors des marches de l’année 2013, ce n’était pas l’homophobie française – une invention des lobbies victimaires – mais le réveil de l’âme catholique de la France. Même si elle n’y est pas candidate, elle incarne cette France de l’Ouest – bien qu’élue dans le Sud ! – qui refuse les expériences politiques hasardeuses et les totalitarismes sournois. Une France paisible et pourtant contre-révolutionnaire.

Marion n’a pas, comme ses aïeux, un combat de retard, elle serait même presque en avance d’une génération : serait-ce là le signe de la fin de la malédiction des Le Pen et l’annonce, enfin, d’une bénédiction pour notre pays si meurtri ?

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