Editoriaux - Le débat - Politique - Presse - Théâtre - 3 novembre 2016

Les journalistes, ces petits profs de la « classe » politicienne

Les petits pains au chocolat de Joe Dassin sont probablement plus légers et plus goûteux que ceux de Jean François Copé, mais l’irruption de la croissanterie sur le théâtre politicien est, elle, totalement incongrue. Une fois de plus, la politique s’enlise dans l’insignifiant et les journalistes sont devenus les grands prêtres de cette descente aux enfers.

Qu’est-ce qui leur prend, à ces plumitifs, de pratiquer, à l’instar du plus modeste instituteur, un « contrôle de connaissance » ? Et pourquoi pas un QCM ? La valeur des convictions politiques se mesure-t-elle à ces détails d’intendance : le prix d’un ticket de métro, d’un litre de lait et autres babioles dont la valeur se modifie constamment ? Les compétences de Marion Maréchal-Le Pen s’apprécient-elles, Monsieur Bourdin, à sa connaissance du nombre d’habitants de la région PACA ? Franchement, à quel niveau vous et vos consœurs portez-vous le prochain débat présidentiel…

Aux questions de basse intendance qui transforment le candidat interviewé en super mamie ou en assistante sociale, à ces questions qui portent sur tout et n’importe quoi, la meute journalistique n’oppose jamais les grandes questions existentielles. L’avenir du pays, la place de la France dans le monde, le rôle et la place des partis, et surtout… le sens des mots (c’est quoi, être de gauche ou de droite, aujourd’hui ? Quelles sont ces valeurs républicaines auxquelles vous vous référez ? etc.). Tout cela n’intéresse personne ! Passez votre chemin ! Ce qui élèverait le débat, ce qui l’enrichirait n’a pas sa place dans le cénacle médiatique. Ce dernier préfère patauger dans l’éphémère, le quotidien, le terre-à-terre, à ce niveau qui est le sien…

Finalement, les meilleurs journalistes seraient ceux qui, ne sortant pas d’une école de journalistes, ne sont pas vaccinés au corporatisme. Ce métier embrasserait loin et large s’il se nourrissait de la fréquentation assidue des penseurs politiques, des historiens et des poètes. Un bon journaliste est d’abord une bonne plume mise au service de l’intérêt général. Un bon journaliste est comme l’écrivain, un homme qui exprime son époque et la projette avec une lucidité qui n’appartient qu’à lui, dans l’improbable et le tragique. Les bons interviews devraient mettre le politicien devant la noblesse de sa tâche et la profondeur de ses convictions. Or, on préfère lui demander ses intentions de vote, la couleur de ses chaussettes et son commentaire sur telle ou telle « petite » phrase… Et après, on s’étonne que la « classe » (le mot n’est pas anodin) politique soit déconsidérée !

Nos maîtres en journalisme sont devenus des petits profs arrogants et stupides. Les bons journalistes se font rares dans une profession choyée que rien n’incite à se remettre en question. Si la presse est, comme elle aime le rappeler, un quatrième pouvoir, où est le peuple qui l’a mandatée ? De quel droit exerce-t-elle une autorité (en l’occurrence une influence) alors que la Constitution de la Ve République et ses nombreuses modifications n’en mentionnent jamais l’existence. Où sont les candidats à l’élection présidentielle qui évoquent ses privilèges, ses abus de pouvoir, ses complicités ? Or, derrière la « liberté » de la presse, il y a des institutions, des entreprises et des pratiques qui, sans contrôle, tournent en roue libre pour un public qui l’est de moins en moins.

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