Les habits humanitaires de l’euthanasie

Dans une conjoncture où aucun politique en place ne s’émeut de l’indignité qui frappe de plein fouet la vie des hommes livrés aux méfaits de la mondialisation marchande et financière (exclusion sociale, pauvreté, chômage, désespoir, suicide), on peut se demander ce qui motive réellement leur soudaine passion pour « la dignité de mourir par l’euthanasie », soigneusement orchestrée par les médias.

L’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans La Dignité), qui se distingue par un militantisme actif en faveur de la légitimation de l’euthanasie, peut contribuer à nous éclairer. Il n’est pas indifférent que le président de cette association, Jean-Luc Romero, avant de rejoindre le Parti socialiste, ait été aussi président du groupe de réflexion UMP “ On est là ! ” qui se donnait pour vocation de « déringardiser » la droite en lui permettant d’affronter des questions de société taboues. Outre la légitimation de l’euthanasie, ce groupe proposait tout un panel d’extensions de jouissances telles des « salles de shoot », le droit à l’adoption pour les couples homosexuels, un « cours des différences de genre et d’éducation sexuelle de la sixième à la troisième »…

Cette inscription singulière de l’euthanasie au cœur de ce panel représentatif de l’idéologie libérale-libertaire peut nous éclairer sur la dynamique qui sous-tend le débat passionnel sur l’euthanasie.

La logique implicite au militantisme en faveur de l’euthanasie, c’est en effet que la vie ne vaut la peine d’être vécue qu’à l’aune des jouissances que l’on peut servir ou s’y servir.
Dans l’immédiat, le plus dur pour les « gouvernances » c’est de déverrouiller la boîte de Pandore : légitimer le droit de tuer. Selon les modalités de l’air du temps, la stratégie adoptée est de déguiser les intentions et le forfait sous des habits humanitaires.
Nous voyons en effet que l’activisme en faveur de l’euthanasie se propulse à l’opportunité de tragédies intimes portées régulièrement sur le devant de la scène médiatique. Cette stratégie qui appelle à la communion dans le pathos, qui s’applique à affecter à l’euthanasie une immense valeur humanitaire, à donner à ses figures représentatives un profil sublime et héroïque, a pour vocation de rallier les masses à cette cause afin de lui affecter le sceau de la légitimité populaire.

Légitimer l’euthanasie auprès du public, c’est le préalable pour statuer sur la légitimité à vivre des plus faibles. Dans un contexte où ne prévaut plus que la rentabilité, où toute finalité humaine et sociale est perdue de vue, les coûts de la vieillesse, de la santé et celui des retraites, devenus aussi onéreux qu’anachroniques, sont aux avant-postes sacrificiels.
La solution la moins chère pour les vieux, les souffrants, les grabataires et toutes espèces de « peine-à-jouir » étant évidemment le cercueil.

Alors, quelle aubaine quand les malheureux intéressés collaborent à l’idéologie au point de faire eux-mêmes appel à l’euthanasie. L’idéal sado-masochiste du système libéral-libertaire, devenu totalitaire, atteint là un sommet inespéré…

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