Editoriaux - Santé - 15 janvier 2019

Les greffes d’organe victimes des progrès de la thérapeutique ?

En 2018, il y eut 324 greffes d’organe de moins en France qu’en 2017.

L’an dernier, 5.781 greffes ont été réalisées, tous organes confondus, contre 6.105 en 2017. C’est la première fois, en huit ans, que le nombre de greffes diminue en France.

Les responsables de l’Agence de biomédecine estiment que s’il y a moins de greffes, c’est parce qu’il y a moins de donneurs, et s’il y a moins de donneurs, c’est parce qu’il y a moins de morts par accident vasculaire cérébral (AVC). Le nombre de morts par AVC a baissé de 20 %, au premier semestre 2018, grâce à une prise en charge plus rapide et plus efficace avec de nouvelles techniques. On ne peut que se réjouir de cette baisse de la mortalité par AVC, mais c’était souvent sur ce type de personnes qu’étaient prélevés de nombreux organes, ce qui explique la baisse du nombre des greffes en 2018, d’après cette même agence.

Le prélèvement d’organes en vue d’une greffe ne s’opère pas uniquement sur des malades en état de mort cérébrale, et pour certaines greffes comme celle du foie ou du rein, le prélèvement peut s’effectuer sur des personnes vivantes. Mais, dans ce cas aussi, on observe une baisse des transplantations de 12 % en un an. Pourtant, depuis janvier 2017, le don d’organe post-mortem est facilité, et nous sommes tous considérés comme des donneurs potentiels, à moins d’avoir signalé notre refus par écrit dans un document remis aux proches.

Une greffe de cœur, du foie, ou des poumons est souvent vitale pour le receveur potentiel, et les greffes de reins, plus fréquemment réalisées, permettent d’améliorer la qualité de vie du patient, qui n’est plus soumis à de longues séances de rein artificiel deux fois par semaine.

Cependant, malgré le bénéfice considérable que le receveur tire d’une greffe, il serait naïf de penser que l’on peut aisément interchanger nos organes d’un individu à l’autre. Chacun de nos organes est une parcelle de notre corps qui contient sa propre signature génétique, et le fait d’introduire un greffon dans un organisme étranger n’est pas anodin. Tout comme pour les transfusions sanguines (qui sont des greffes temporaires), les organes à greffer doivent posséder, si possible, une grande compatibilité immunologique sous peine de rejet, raison pour laquelle on préférera, lorsque cela est possible, utiliser le greffon d’un membre de la famille.
Ainsi, à part entre les vrais jumeaux, les organes ne sont donc pas facilement interchangeables et nécessitent un traitement destiné à faire accepter par le receveur ce corps étranger qu’est le greffon.

En plus de ces problèmes physiologiques, le prélèvement post-mortem et la pose d’un greffon sur un organisme malade posent des problèmes éthiques qu’il ne faut pas négliger si on veut pouvoir y répondre de manière lucide et dépassionnée.

Autant il est facile de remplacer une tête fémorale par une prothèse non biologique, autant il est difficile de remplacer ce qui pourrait n’être qu’une simple pompe (le cœur) par une machine robotisée, pour ne citer que cet exemple.

Alors, en attendant l’avènement de prothèses biologiques, il nous faudra avoir recours, pendant encore longtemps, à des donneurs vivants ou décédés.

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