Les gilets jaunes posent la seule bonne question qui vaille en économie

Qu’est ce que l’économie ? Par-delà les considérations pseudo-techniques, cyniques ou conniventes, la seule définition qui vaille, c’est celle que donnèrent Xénophon, Aristote et, plus près de nous, notre prix Nobel d’économie Maurice Allais. Car qui – sauf un faussaire intellectuel – peut oser parler d’une discipline et d’un art sans en avoir donné d’abord la définition et la fonction ? Qui peut oser parler d’une discipline qu’il ne comprend pas ?

Pour Maurice Allais, l’économie, c’est la « maximisation du rendement social ». Autrement dit, tirer le meilleur parti des atouts d’un pays et d’une population pour obtenir le meilleur résultat pour les consommateurs. Et, sans doute aussi, pour les travailleurs et les entreprises, dont les destins sont liés dans un système national d’économie. Peu importent les traités du commerce mondial que personne n’a été amené à ratifier par référendum. Et Jean-Baptiste Say disait que c’est le but même de l’économie que d’offrir aux consommateurs le meilleur possible en quantité, qualité et prix de produits et services. Et, bien sûr, le tout à la lumière de la justice sociale et du respect humain.

Avons-nous cela ? Indubitablement non. Et c’est même l’inverse. La situation s’améliore-t-elle ? Indubitablement non (voir étude de l’INSEE de ce mois-ci et le livre de Christophe Guilluy No Society). La situation va-t-elle s’améliorer ? On le souhaite pour les gens qui souffrent mais la réponse est encore négative car on a privilégié les profits de la finance et ceux des entreprises géantes et délocalisées. Pour préserver la bulle financière, on a enclenché un cercle vicieux qui consiste à réduire toujours plus les dépenses publiques (incluses les retraites et prestations sociales) afin de tenter de respecter la règle débile des 3 % de déficit budgétaire, tout en augmentant les impôts et laissant ouvertes les frontières…

Trump fait exactement le contraire, et il réussit, alors que des économistes doctrinaires, ou n’aimant pas son psychotype, avaient prédit, avant, pendant et après son élection, un effondrement de l’économie américaine ! Mais si ! Si les États-Unis parviennent à relancer chez eux la production (notamment avec les robots) de produits qui ne seront plus importés et, donc, s’ils continuent à améliorer l’emploi (chômage à 2,8 % !), ces économistes seront ridiculisés. Ou même suspectés. Ils devront se taire ou nous leurs demanderons de se taire.

On ressort de vieux slogans thatchériens (d’ailleurs sortis de leur contexte) : « Il n’y a pas d’alternative. » Ou : « Nous devons continuer les réformes » (sic). « C’est la seule politique possible » : menteurs ! Menteurs ! La diète grecque, la misère, les suicides pour tous. Mais pas pour ceux qui voyagent dans les jets privés.

La taxe écologique ? Mais où va l’argent… Et pourquoi surtaxer le plein de l’infirmière rurale et pas les poids lourds, cette forme archaïque de transport international qui pollue le plus (20 %), avec le kérosène, lui aussi sous-taxé. Où en sont le ferroutage (comme en Suisse, Autriche, Suède) et le merroutage ?

À ceux qui liront ces lignes d’un œil sceptique : d’après vous, qui est meilleur économiste ? Macron, Philippe, Juncker, Barnier, Moscovici, Juppé ? Ou le prix Nobel d’économie Maurice Allais, qui ne fut invité que deux fois à la télé en vingt ans ? Et d’après vous, pourquoi si peu d’invitations ?

Encore un effort et vous gagnerez un gilet jaune.

Les ignorants sont au pouvoir et ceux qui comprennent la vérité économique aux ronds-points. Et il se trouve, en plus, qu’ils réclament la vérité démocratique. Qui va pouvoir arrêter cela ?

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