Les gilets jaunes ne menacent en rien notre démocratie. Au contraire !

C’est la grande frousse des nantis, des accapareurs, des cumulards en tous genres, des commentateurs patentés et appointés. D’un coup, les voilà qui ont peur, qui tremblent face à ces gilets jaunes qui ne rentrent pas dans le cadre des contestations organisées, contrôlées, tarifées. Imaginez ! Ils vomissent les partis, ils exècrent les syndicats, ils éructent à la seule vue d’un journaliste. Et, pour certains, ils sont même complotistes, forme paroxystique – et, bien sûr, insensée – de leur doute face à la parole des experts, des élites, des officiels.

Par-delà Macron, c’est tout un système dont ils ne veulent plus. Alors, on leur fait la morale, on leur fait la leçon. Sur les plateaux de télévision, à la tribune de l’Assemblée, dans les colonnes de la presse locale, jusqu’aux salles d’attente des ministères et à la table des préfectures. Le vieux monde se serre les coudes. De droite comme de gauche. Les syndicats rêvent de ramasser quelques miettes. Les opposants politiques de se refaire une santé. Les médias subventionnés de regagner les lecteurs qui les ont abandonnés. Mais c’est peine perdue.

Quelle que soit l’issue de cette révolte, elle nous aura appris une chose : il est possible de faire reculer les arrogants qui nous gouvernent ou qui aspirent à nous gouverner. Leur argent, leurs diplômes, leurs réseaux ne les protégeront plus. C’est d’abord cela que nous devons garder en mémoire.

Et puis, personne ne pourra échapper – nous pas davantage que les autres élus – à la question de notre légitimité à parler au nom de nos compatriotes. Le suffrage universel n’est pas une onction qui dispense de rendre des comptes entre deux élections. Sous quelle forme ? Pour répondre à quelles questions si l’on retenait, par exemple, le principe de référendums d’initiative citoyenne à la manière de la Suisse ? À quel rythme, pour ne pas céder à la dictature de l’instantanéité des réseaux sociaux ?

C’est à ces questions que nous nous devons de répondre. Pour que les semaines passées sur les ronds-points de France changent radicalement notre façon de « faire société », comme on dit pompeusement. Parce que, contrairement à ce qu’affirment les plus filous de nos hommes politiques et leurs doubles médiatiques, les « gilets jaunes » ne menacent en rien notre démocratie. Tout au contraire, ils revendiquent son élargissement, son réencrage à l’heure où les plus démunis, les plus fragiles sont aussi ceux qui gonflent sans cesse les rangs des abstentionnistes.

Et nous avons la faiblesse de penser que ce ne sont pas quelques mesurettes dans l’air du temps – un peu plus de proportionnelle, moins de parlementaires, la fin du cumul des mandats – qui suffiront à changer radicalement la donne. Sauf à vouloir, dans l’ordre, toujours plus de pouvoir pour les partis, des élus toujours plus éloignés de leur territoire et, sous prétexte de venir de la « société civile » (d’une rare incompétence), totalement ignorants des réalités.

En mairie de Béziers, comme nous l’ont demandé les gilets jaunes, nous avons mis à la disposition de tous des cahiers de doléances. Ils sont plus qu’un clin d’œil à une autre révolution commencée par la rédaction de tels cahiers. Ils sont une invitation à redonner la parole à un peuple que personne ne peut priver de ses mots. Au risque d’allumer des braseros aux coins des routes… Et demain, au cœur de nos villes ?

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