Les deux Zemmour

On reproche souvent à Éric Zemmour d’avoir un esprit trop systématique, pas assez dialectique. Que ce soit sur la féminisation de la société ou sur l’immigration et l’islam, il généraliserait ses positions avec une grille de lecture univoque et très personnelle. Ce n’est pas faux. Lui-même le reconnaît et avoue qu’il cède à un pédagogisme discursif en vue de bien se faire comprendre du plus grand nombre. Ses démonstrations sont parfois un peu rapides, mais souvent brillantes, voire éclairantes.

Éric Zemmour est plus ambivalent sur la question sociale. Il se déclare « marxien » ou « marxiste » en reprenant les thèses de Christophe Guilluy sur La France périphérique (populaire) et les grandes métropoles (mondialisées). Il se sent plus solidaire de la première que de la deuxième. C’est le moins que l’on puisse dire. Il cite Jean Claude Michéa sur l’unité du libéralisme : convergence du libéralisme culturel et du libéralisme économique. Il stigmatise à cette fin la vague libérale-libertaire qui a emporté notre pays depuis Mai 68 (lire son excellent Suicide français https://www.amazon.fr/SUICIDE-FRANCAIS-quarantes-ann%C3%A9es-d%C3%A9fait/dp/2226254757).

En fait, c’est au capitalisme mondialisé que Zemmour réserve ses critiques. Celui-ci fait des ravages sur le plan moral et sociétal. Zemmour voit bien que l’immigration est l’armée de réserve du capital. Or, il constate que le capital n’a pas de frontières. Plus généralement, le système de l’argent réduit l’homme à être un producteur consommateur sans autre horizon de sens que de marchandiser son existence.
Bizarrement, Éric Zemmour est beaucoup plus indulgent avec le capitalisme libéral lorsque celui-ci engendre des inégalités sociales sans cesse croissantes. L’injustice sociale n’a pas l’air de l’effaroucher. Il est assez cynique lorsqu’il s’agit d’améliorer les conditions matérielles de notre peuple. À ce moment, il n’est plus antilibéral mais préfère vanter les mérites des très libéraux Trump et Bolsonaro. Il est alors prisonnier d’un dilemme. Comment être de droite sans être de gauche ? Mais la gauche n’a pas le monopole du social ? Et la droite sociale peut revendiquer fièrement ses origines populaires en défendant historiquement les paysans, la condition ouvrière, les précaires de tous horizons.

Il faut également rappeler que Zemmour était vivement hostile à l’endroit du très social Florian Philippot lorsque celui-ci était le numéro 2 du Front national. Il l’accusait de ne plus parler d’immigration et d’adopter un discours de gauche sur le plan économique. D’ailleurs, Zemmour souhaite une union des droites, c’est-à-dire une alliance du Rassemblement national et social et de la droite libérale. Une arlésienne ! Une alliance non souhaitable et impossible puisque les intérêts de la France périphérique et de la France métropolitaine ne sont pas congruents. Ce que reconnaît Zemmour, par ailleurs.

Tout dernièrement, Éric Zemmour s’est montré favorable aux revendications fiscales, mais pas sociales, des gilets jaunes. Il a préféré laisser Alexis Corbière, de La France insoumise, s’en emparer lors d’un débat télévisé. Un tropisme droitier dans lequel il ne tombe pas toujours. Décidément, il fustige le libéralisme économique lorsque celui-ci s’attaque à la culture, à la famille, etc., mais pas à l’homme qui – travailleur ou chômeur – a du mal à joindre les deux bouts.

Encore un effort, camarade Zemmour…

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