Editoriaux - 11 novembre 2018

Les Britanniques refusent d’offrir l’asile à Asia Bibi… cela vous étonne ?

L’Association chrétienne pakistanaise britannique a indiqué au Huffington Post UK que la demande d’asile d’Asia Bibi aurait été rejetée en raison des troubles qu’une telle décision pourrait causer avec la communauté pakistanaise présente en Angleterre. En tant qu’ex-puissance colonisatrice de l’Empire des Indes dont faisait partie le Pakistan, cette destination semblait pourtant la plus évidente. Mais le Home Office, le ministère de l’Intérieur britannique, ne veut pas de cette ouvrière agricole chrétienne poursuivie et condamnée à mort pour blasphème, puis récemment acquittée par la Cour suprême pakistanaise.

Est-il besoin de rappeler que, le 14 février 1989, lorsque l’ayatollah Khomeini a publié sa fatwa condamnant à mort Salman Rushdie et ses éditeurs et incitant tout musulman à exécuter cette sentence, les Britanniques avaient mis en place des moyens suffisants et efficaces pour le protéger ? Il est toujours en vie, ayant pu bénéficier de ce bouclier jusqu’à son départ pour les États-Unis ! Courage, détermination et générosité sont, semble-t-il, passés de mode outre-Manche. À moins que la clef de compréhension soit qu’un brillant écrivain mérite a priori plus d’efforts qu’une simple ouvrière agricole chrétienne. Nous n’en saurons rien, le Home Office ne commente pas les cas individuels.

Les dividendes du communautarisme sont là : une diaspora qui pèse 1,89 % de la population du Royaume-Uni, suivant le recensement de 2011, dicte sa loi aux ministres intègres et zélés fonctionnaires de Sa Gracieuse Majesté. Les troubles qu’elle pourrait occasionner tétanisent l’un des États les plus puissants du monde, doté de l’arme nucléaire et disposant d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

Ce n’est pas un un scoop, le communautarisme gangrène le Royaume-Uni. Les milliers d’affaires de viols de jeunes mineures commis par des Indo-Pakistanais dans les villes de Rotherham, Telford, Rochdale, Derby ou Bristol ont défrayé la chronique de l’autre côté du Channel. Par l’ampleur de ces affaires, par les nombreux aspects sordides qu’elle revêtent, mais surtout par la cécité volontaire de tous ceux qui auraient dû et pu protéger ces jeunes filles, mais qui se sont tus des années durant, par peur d’être soupçonnés de racisme. Ils ont ainsi condamné d’autres jeunes filles à devenir de nouvelles victimes. La réponse de la société anglaise a été de « tuer le messager », en l’occurrence Tommy Robinson, emprisonné parce qu’il veut faire savoir la vérité.

Deux bonnes nouvelles et une perfidie en guise de conclusion.

Deux pays auraient offert, de façon ferme, l’asile à Asia Bibi. Jean-Yves Le Drian a indiqué que la France œuvrait pour son exfiltration et acceptait de l’accueillir. C’est tout à l’honneur de notre gouvernement, même si l’exfiltration dépend surtout de la volonté des autorités pakistanaises.

Si le courage a déserté la nation anglaise à ce point, peut-être que sur les terrains de rugby, le Quinze de la Rose parviendra à nous rejoindre, voir à nous dépasser dans notre plongée dans les abîmes du classement IRB ?

Appeler « Royaume-Uni » un pays qui est en guerre coloniale ou civile depuis environ cinq siècles en Irlande m’a toujours semblé relever de l’abus de langage. Gageons qu’avec le communautarisme qui y sévit, l’unité cesse d’être une posture pour devenir un fantasme.

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